Martinique · Analyse indépendante d'après les statistiques publiques (INSEE, IEDOM, douane, URSSAF, BODACC) Millésimes 2023 à 2025 selon les sources · Deuxième document de la collection

De quoi vit
la Martinique ?

Combien d'entreprises, de quelle taille, dans quels secteurs ; ce qu'elles produisent et ce qu'elles vendent ; qui elles emploient ; combien naissent et disparaissent chaque année. Un portrait du tissu économique martiniquais, chiffres officiels à l'appui.

Méthode Chiffres issus des sources publiques citées, vérifiés par l'auteur. Méthode, transparence et limites en fin de document →

Sommaire · 9 sections
  1. Combien d'entreprises, et lesquelles
  2. Ce que l'économie produit
  3. Les filières qui font le visage
  4. Naissances et disparitions
  5. Qui travaille où
  6. Le chômage et ce qu'il cache
  7. Une économie ouverte, surtout vers l'hexagone
  8. Ce qu'il faut retenir
  9. À propos de ce document : qui l'a fait, et comment
01

Combien d'entreprises, et lesquelles

48 499unités légales actives au 31 décembre 2024 (51 115 établissements), contre 27 841 en 2014 : +74 % en dix ansINSEE SIDE · DS_SIDE_STOCKS_COM
82 %n'ont aucun salarié (39 894) ; 7 123 en ont de 1 à 9 ; 1 482 en ont 10 ou plusINSEE SIDE · A21 · 2024
188entreprises de 50 salariés et plus — 0,4 % du total ; les établissements de cette taille emploient près d'un salarié sur deux (voir section 05)INSEE SIDE · 2024
50 %des unités légales relèvent des services aux entreprises (24 193), un secteur gonflé par les micro-entreprises et les sociétés de gestionINSEE SIDE · A10 · 2024

Le premier fait du tissu martiniquais est sa pulvérisation : la Martinique compte beaucoup d'entreprises pour sa taille, mais l'immense majorité sont des structures d'une seule personne. Le graphique ci-dessous lit le stock 2024 par tranche d'effectif salarié :

Le tissu par tranche d'effectif salarié
Unités légales actives en Martinique au 31 décembre 2024 — hors agriculture — par nombre de salariés
Voir les données
TrancheMartiniquePartGuadeloupeLa RéunionFrance

Lecture : la structure martiniquaise ressemble à celle de la France entière (76 % d'entreprises sans salarié au niveau national), avec un degré de plus : 82 % ici, contre 75 % en Guadeloupe et 74 % à La Réunion. La Guadeloupe compte moins d'entreprises (38 640) mais davantage d'employeuses de 1 à 9 salariés (8 203 contre 7 123).

Par forme juridique et par secteur

Entrepreneurs individuelsdont micro-entrepreneurs14 228
SARLforme classique des TPE7 749
SASforme en forte progression7 148
Autres formesSCI, associations, holdings…19 374
Services aux entreprisesactivités spécialisées, admin. et soutien24 193
Commerce, transport, hébergementrestauration comprise8 029
Administration, enseignement, santéy compris professions libérales de santé4 642
ConstructionBTP3 250
Autres servicesarts, sports, services personnels2 454
Industriemanufacture, énergie, eau, déchets2 128
Immobilieragences, promotion, location1 812
Finance et assurancey compris holdings financières1 176
Information et communicationnumérique, médias815

Deux précautions. ① Le bloc « autres formes juridiques » (19 374) est inhabituellement lourd : il regroupe les sociétés civiles immobilières, associations employeuses et structures de gestion, que l'API de l'INSEE ne détaille pas. ② Dans les services aux entreprises, le seul sous-secteur « activités de services administratifs et de soutien » compte 20 938 unités légales : un poids qui reflète les immatriculations de micro-entrepreneurs et de sociétés patrimoniales plus que des entreprises de services au sens courant. Compter les entreprises ne dit donc pas grand-chose de l'activité réelle : c'est l'objet des sections suivantes.

Trois autres façons de compter

33 790entreprises du champ marchand non agricole et non financier, hors micro-entrepreneurs fiscaux (dont 26 640 sans salarié)INSEE ESANE · 2023
11 552entreprises artisanales inscrites au répertoire des métiers (bâtiment 45 %, services 33 %, fabrication 13 %, alimentation 9 %)CMA MARTINIQUE · 1ᵉʳ JANV. 2022
2 679exploitations agricoles, contre 3 307 en 2010 (−19 %) ; 21 894 ha de surface agricole, 5 741 équivalents temps pleinAGRESTE · RECENSEMENT 2020
02

Ce que l'économie produit

10,5 Md€de produit intérieur brut en 2024 (provisoire), contre 8,9 Md€ en 2015INSEE COMPTES RÉGIONAUX · BASE 2020
29 866 €de PIB par habitant en 2024 : 70 % de la moyenne nationale (42 579 €), au-dessus de La Réunion (27 539 €)INSEE COMPTES RÉGIONAUX
+2 %seulement de croissance en volume entre 2015 et 2024 (9,39 → 9,58 Md€ en euros constants) : la hausse nominale tient surtout aux prixINSEE · PRIX CHAÎNÉS · CALCUL
−7 %d'habitants sur la même période (377 500 → 350 900) : le PIB par tête progresse en partie parce que la population baisseINSEE COMPTES RÉGIONAUX · POP
Le PIB martiniquais, 2000-2024
Produit intérieur brut en millions d'euros courants — 2022 à 2024 provisoires
Voir les données
AnnéePIB (M€)PIB / habitant (€)

Lecture : deux décrochages, 2009 (crise financière et grève générale) et 2020 (covid), puis un rattrapage rapide porté par l'inflation de 2022-2023. Les comptes rapides de l'INSEE donnent 11,1 Md€ pour 2025, avec une croissance en volume de +0,1 % : une économie qui stagne en termes réels.

Qui produit la richesse : la valeur ajoutée par branche

Le PIB se décompose en valeur ajoutée par grande branche. Le graphique ci-dessous montre une économie de services à 84 %, où la sphère publique et parapublique (administration, enseignement, santé, action sociale) pèse autant que l'ensemble des services marchands :

Valeur ajoutée par branche, 2024
Part de chaque branche dans la valeur ajoutée totale (9 806 M€, provisoire)
Voir les données
BrancheVA 2024 (M€)Part

Ce que vendent les entreprises : 16,6 milliards de chiffre d'affaires

16,6 Md€de chiffre d'affaires cumulé en 2023 pour les 33 790 entreprises du champ marchand (hors agriculture, finance et micro-entrepreneurs)INSEE FLASH MARTINIQUE N°224 · ESANE 2023
54 %de ce chiffre d'affaires est réalisé par le commerce (9,0 Md€) : la Martinique vend surtout ce qu'elle achèteINSEE ESANE 2023
3,8 Md€de valeur ajoutée pour ces entreprises, dont 65 % versés en charges de personnel (2,5 Md€) — taux de marge 32,5 %INSEE ESANE 2023
50 550salariés en équivalent temps plein dans ce champ : à peine plus d'un tiers de l'emploi salarié total, le reste étant public, associatif, agricole ou financierINSEE ESANE 2023

Le chiffre d'affaires additionne les ventes de chaque entreprise, y compris entre elles : un même produit importé, vendu par un grossiste puis par un détaillant, compte deux fois. C'est pourquoi le CA (16,6 Md€) dépasse le PIB (10,5 Md€). La valeur ajoutée, elle, ne compte que ce que l'entreprise apporte. Ratios sectoriels 2023 : taux de marge de 32 % dans l'industrie, 22 % dans la construction, 31 % dans le commerce, 35 % dans les services. Ce champ exclut les entreprises dont le siège est hors Martinique : le chiffre d'affaires d'une filiale de groupe hexagonal n'y figure pas.

03

Les filières qui font le visage

Quelques filières concentrent l'image de l'économie martiniquaise : la banane, le rhum, le tourisme, le raffinage, le bâtiment, la grande distribution. Leur poids réel dans la valeur ajoutée et l'emploi est plus modeste que leur poids symbolique — mais ce sont elles qui exportent et qui structurent le territoire.

Agriculture · export

Banane

133 372 t
exportées en 2024 (+1,7 %), sur 137 043 t produites ; +4,4 % en volume en 2025
291
planteurs adhérents de Banamart ; la banane occupe 24,6 % de la surface agricole utile
0,80 €/kg
prix à quai moyen en 2024
DAAF · BANAMART · VIA IEDOM RA 2024
Industrie · export

Rhum

94 561 HAP
hectolitres d'alcool pur produits en 2024 (−7,8 %), à 93 % du rhum agricole, dans 10 distilleries
43 500 HAP
exportés (−25,1 %) : le rhum pèse 24,4 % des exportations hors pétrole
45 %
de la production écoulée sous contingent fiscal (68 824 HAP), à fiscalité réduite dans l'hexagone
DOUANE · CODERUM · VIA IEDOM RA 2024
Services · visiteurs

Tourisme

988 301
visiteurs en 2024, pour 595 M€ de dépenses (+18,9 %) ; 587 M€ en 2025 (−1,4 %), croisière +20 %
9 500
emplois liés au tourisme en 2019, soit 10 % de l'emploi marchand (et non « 10 % du PIB », formule qui ne figure pas dans l'étude)
1,2 %
de la valeur ajoutée totale pour l'hôtellerie-restauration (2020), 5,1 % des salariés (2024)
CMT · INSEE ANALYSES N°68 · IEDOM
Industrie · énergie

Raffinage (SARA)

299 kt
de pétrole brut traitées en 2024 (394 kt en 2023, année sans arrêt de maintenance)
40 %
des exportations martiniquaises de 2024 sont des produits pétroliers raffinés (158 M€), vers la Guyane et la Guadeloupe surtout
12,5 %
des importations sont des produits pétroliers raffinés ; le brut vient de Norvège pour l'essentiel
IEDOM RA 2024 · INSEE BILAN 2024 · DGDDI
Construction

BTP

6 013
salariés fin 2024 (−3,6 %), puis −2,5 % en 2025 ; 3 250 entreprises, 45 % de l'artisanat
22 %
des défaillances de 2025 — la filière la plus exposée, pour 3,6 % de la valeur ajoutée
267 M€
d'encours de crédit aux entreprises du secteur fin 2024 (−11 %)
IEDOM RA 2024 & 2025 · INSEE
Commerce

Grande distribution et automobile

7 + 42
hypermarchés et supermarchés ; quatre groupes (GBH, Parfait, CréO, SAFO) totalisent 80 % des surfaces de vente
93 %
du marché automobile neuf pour quatre distributeurs (GBH 28,4 %, Aubéry 25,5 %, Parfait 23 %, Citadelle 19,1 %)
9,0 Md€
de chiffre d'affaires pour l'ensemble du commerce en 2023, 54 % du total marchand
IEDOM RA 2024 · INSEE ESANE 2023

Lecture : agriculture et industrie réunies font 12 % de la valeur ajoutée (2,5 % + 9,4 %), mais la banane, le rhum et les produits raffinés forment l'essentiel de ce que la Martinique exporte. À l'inverse, le commerce ne pèse que 22 % de la valeur ajoutée (avec transport et hébergement) pour 54 % du chiffre d'affaires : c'est le secteur qui brasse le plus d'argent, pas celui qui en crée le plus. Aucun chiffre d'affaires par groupe n'est publié par un organisme officiel ; ce document n'en avance donc aucun.

04

Naissances et disparitions

8 104créations d'entreprises en 2025 (+10,8 %), après 7 317 en 2024 et un record de 9 396 en 2022INSEE · CRÉATIONS D'ENTREPRISES
41 %des créations 2025 sont des micro-entrepreneurs (3 347, +11 %) ; c'est 55 % en Guadeloupe et 65 % en FranceINSEE · CRÉATIONS PAR CATÉGORIE JURIDIQUE
518défaillances (redressements et liquidations) en 2025, +15,6 %, contre 295 en 2022 : un niveau jamais vu depuis 2013 (511)IEDOM RA 2025 · BASE FIBEN
72,8 %des entreprises créées en 2014 étaient encore actives cinq ans plus tard : 1ʳᵉ région de France (62,5 % au niveau national)INSEE ANALYSES MARTINIQUE N°57 · SINE
Créations d'entreprises, 2012-2025
Nombre de créations par an en Martinique — micro-entrepreneurs distingués des autres formes (sociétés, entreprises individuelles classiques, autres)
Micro-entrepreneursAutres créations
Voir les données
AnnéeMicroSASSARLEI hors microAutresTotal

Lecture : la vague de 2021-2023 est portée à la fois par les micro-entrepreneurs (× 1,9 entre 2019 et 2023) et par un bloc « autres formes » anormalement élevé (3 966 en 2022, soit 42 % des créations, contre 2 % en France) que l'INSEE ne détaille pas — probablement des sociétés civiles et structures patrimoniales. Autre tendance de fond : la SAS a supplanté la SARL comme forme de société (1 452 contre 645 en 2025, l'inverse en 2012).

Défaillances et procédures collectives, 2019-2025
Colonnes : annonces BODACC d'ouverture de liquidation ou de redressement judiciaire en Martinique (comptage par date de parution). Points : défaillances en unités légales publiées par l'IEDOM (base FIBEN, cumul 12 mois à décembre), disponibles à partir de 2022
Annonces BODACC (LJ + RJ)Défaillances IEDOM / FIBEN
Voir les données
AnnéeOuvertures LJOuvertures RJLJ + RJDéfaillances IEDOMRadiations (annonces)

Lecture : les deux sources concordent (516 annonces contre 518 défaillances en 2025, 407 contre 448 en 2024) et racontent la même histoire — un creux en 2021-2022, sous perfusion des aides covid et des prêts garantis, puis une remontée continue : +75 % de défaillances entre 2022 et 2025. La France entière suit la même pente (41 284 → 68 564, +66 %). En 2025, le tertiaire concentre 66 % des défaillances et la construction 22 %. Au premier trimestre 2026, le cumul reste à 518 (+8,8 % sur un an), tiré par le BTP et les transports. Précaution : les chiffres de défaillances sont révisés à la hausse pendant plusieurs mois, le temps que les jugements tardifs soient enregistrés.

Le solde : beaucoup plus de naissances que de morts

Avec 8 104 créations pour 518 défaillances, le ratio est de 16 créations pour une défaillance. Mais la défaillance n'est pas la seule sortie : la plupart des entreprises ferment sans procédure judiciaire, par simple cessation. Le BODACC recense 1 542 annonces de radiation en 2025 (jusqu'à 4 222 en 2021, année de radiations d'office massives). Et le taux de survie de 72,8 %, s'il est le meilleur de France, porte sur la cohorte 2014 et exclut les micro-entrepreneurs : il ne dit rien des créations récentes, dominées par ce statut. Le stock progresse néanmoins nettement : +1 489 unités légales en 2024, +3 608 en 2023.

05

Qui travaille où

151 500emplois en 2024 (provisoire) : 134 500 salariés et 17 000 non-salariés, contre 136 200 en 2015INSEE COMPTES RÉGIONAUX · EMP
42 %des salariés travaillent dans l'administration, l'enseignement, la santé et l'action sociale (55 343 sur 130 580)INSEE FLORES · 2024
39 000agents des trois fonctions publiques en 2022 (État 36 %, territoriale 40 %, hospitalière 24 %) : 108 agents pour 1 000 habitants, contre 74 en FranceINSEE SIASP · VIA IEDOM
2 386 €de salaire net mensuel moyen en équivalent temps plein dans le secteur privé (2023)INSEE · BASE TOUS SALARIÉS
L'emploi salarié par secteur, fin 2024
Postes salariés au 31 décembre dans les établissements employeurs de Martinique (130 580 postes, public compris, hors défense et particuliers employeurs)
Voir les données
SecteurSalariésPart

Lecture : près d'un salarié sur deux (63 328 postes sur 130 580, soit 48 %) travaille dans les 410 établissements de 50 salariés et plus, et un sur sept dans les 14 établissements de 500 salariés et plus (18 937) — hôpitaux, collectivités, grands groupes. À l'autre bout, les 6 933 établissements de 1 à 4 salariés emploient 13 774 personnes, soit 11 %. Le tissu est donc bipolaire : une poussière de très petites structures, et une poignée de gros employeurs, publics pour beaucoup. Selon l'INSEE, 32,2 % des postes salariés relèvent d'employeurs de la fonction publique (42 099 fin 2024) ; l'emploi privé représente environ deux tiers du salariat (88 481 postes) et recule (−1,1 % en 2024, −0,7 % en 2025), quand le public est stable.

Combien d'emplois vivent de la sphère publique ?

Un lecteur a posé la question après la première édition : au-delà des fonctionnaires, quelle part des emplois répond à des missions de service public ou vit de fonds publics ? La statistique publique compte des employeurs et des secteurs, pas des sources de financement. On peut néanmoins emboîter trois périmètres, du plus strict au plus large.

Périmètre (fin 2024)MartiniqueFranceCe qu'il contient
Employeurs de la fonction publique32 %22 %42 099 postes salariés chez l'État, les collectivités et les hôpitaux publics, enseignants du privé sous contrat compris (payés par l'État)
Administration, enseignement, santé, action sociale, tous employeurs42 %32 %55 343 postes : les précédents plus environ 13 600 salariés du privé (cliniques, aide à domicile, crèches, associations médico-sociales), dont 6 800 dans l'économie sociale et solidaire
Emplois financés par la sphère publique, quel que soit le statut (estimation)43 à 49 %non calculéles précédents, plus les 2 800 professionnels de santé libéraux conventionnés (430 M€ d'honoraires, assurance maladie), les pharmacies, les associations subventionnées hors santé-social et une part du BTP vivant de la commande publique

Lecture : sources Insee Flores 2024 (sphère économique et section OQ, Martinique et France), Urssaf (salariés du privé et de l'ESS par secteur, 2024), Cnam (professionnels de santé libéraux conventionnés, 2024), Dares (contrats aidés), données essentielles de la commande publique. Le troisième périmètre est une estimation : la fourchette vient de deux dénominateurs (postes salariés seuls, ou emplois avec les non-salariés) et de deux hypothèses explicites, la part des associations hors santé-social qui dépend de subventions (50 à 100 %) et la part du BTP qui dépend des marchés publics (30 à 50 %, non mesurée : 884 M€ de marchés attribués en 2024 dont 402 M€ de travaux, à 97 % à des entreprises locales). Rien n'est additionné deux fois : l'ESS de la santé et du social, les 3 585 contrats aidés (26 pour 1 000 emplois dans les DROM contre 2 dans l'Hexagone) et les enseignants du privé sous contrat sont déjà dans les deux premiers périmètres. Ce qui reste hors de portée : la part de financement public de chaque emploi privé, et les salariés des particuliers employeurs payés par l'allocation d'autonomie. Retenir : un salarié sur trois est public par statut, un peu plus de deux sur cinq travaillent dans le non-marchand, et près d'un emploi sur deux vit, directement ou non, de fonds publics, contre environ un sur cinq et un sur trois en France pour les deux premiers périmètres.

La montée du travail indépendant

Auto-entrepreneurs en Martinique, 2019-2024
Comptes cotisants au 31 décembre, hors agriculture — « économiquement actifs » = ayant déclaré un chiffre d'affaires positif dans l'année
Administrativement actifsÉconomiquement actifs
Voir les données
AnnéeAdministrativement actifsÉconomiquement actifsPart active

Lecture : le nombre d'auto-entrepreneurs a été multiplié par quatre en cinq ans (2 600 → 10 865), mais seuls 64 % d'entre eux ont déclaré un chiffre d'affaires en 2024. Ils s'ajoutent à 14 771 travailleurs indépendants classiques. Côté employeurs privés, l'URSSAF compte 10 554 établissements fin 2025 (10 708 un an plus tôt) pour 85 892 salariés ; 82 % de ces établissements ont moins de 10 salariés.

06

Le chômage et ce qu'il cache

13,4 %de taux de chômage en 2025, en hausse d'un point ; 7,5 % dans l'HexagoneINSEE · TAUX DE CHÔMAGE LOCALISÉ
33 %des actifs de 15 à 29 ans sont au chômageIEDOM RA 2025 · INSEE
19,5 → 10,7 %la baisse de 2014 à 2023 a eu lieu pendant que la population active se réduisait (départs des jeunes, vieillissement) : elle ne traduit qu'en partie des créations d'emploiINSEE · CALCUL
33 %de la population vit sous le seuil de pauvreté national (60 % du niveau de vie médian de l'Hexagone), contre 14 % en FranceINSEE PREMIÈRE N°1804 · 2017
Taux de chômage, 2014-2025
Taux de chômage localisé de la Martinique, moyenne annuelle des trimestres — repère : France entière 2025
MartiniqueHexagone 2025 (7,5 %)
Voir les données
AnnéeTaux (%)

Lecture : le taux a presque été divisé par deux en dix ans, avant de remonter depuis 2023. Les comparaisons DROM restent défavorables ailleurs (Guadeloupe 17,0 %, Guyane 17,3 %, La Réunion 16,4 % fin 2025) : la Martinique est le DROM au chômage le plus bas, mais avec la population la plus âgée (25,8 % de 65 ans et plus au 1ᵉʳ janvier 2025, contre 21,9 % en France) et la plus faible part de jeunes (24,6 % de moins de 25 ans, contre 28,5 %). Le taux de chômage mesure les demandeurs rapportés aux actifs : quand les actifs partent, il baisse sans qu'un seul emploi soit créé.

07

Une économie ouverte, surtout vers l'hexagone

Commerce extérieur de biens, 2025
Tous partenaires, hexagone et autres DROM compris — statistiques douanières reprises par l'INSEE
Importations+1,2 % sur un an
3 440 M€
Exportations+5,8 % sur un an
420 M€
Solde commercial · taux de couverture 12,2 %−3 020 M€
61 %des importations viennent de l'hexagone, qui reçoit 40 % des exportationsINSEE CONJONCTURE N°39 · DOUANE 2025
41 %des exportations partent vers la Guyane (29 %) et la Guadeloupe (12 %) — produits raffinés surtout ; la Caraïbe étrangère n'en reçoit que 8 %INSEE CONJONCTURE N°39
1,24 Md€d'importations depuis l'étranger seulement (hors hexagone et DROM) en 2025, dominées par les hydrocarbures (États-Unis, Norvège) et l'automobile ; 81 M€ d'exportations vers l'étrangerDGDDI · BASE RÉGIONALE 2025

Lecture : la Martinique importe huit fois plus qu'elle n'exporte. Ses trois exportations de poids — produits pétroliers raffinés (40 %), agroalimentaire et boissons dont le rhum (22 %), agriculture dont la banane (17 %, chiffres 2024) — partent essentiellement vers l'hexagone et les DROM voisins : la banane et le rhum n'apparaissent presque pas dans les échanges avec l'étranger. Ce déficit structurel est financé par les transferts publics et les revenus des ménages, pas par les ventes de l'économie locale. Sur la fiscalité qui frappe ces importations à l'entrée, voir le premier document de cette collection, L'octroi de mer décodé.

08

Ce qu'il faut retenir

Forces et fragilités, telles que les nomment les institutions

Ce que les institutions comptent comme des atouts
  • Un tissu qui s'étoffe : +74 % d'unités légales en dix ans, 8 104 créations en 2025, et le meilleur taux de survie à cinq ans de France sur la dernière cohorte publiée (INSEE).
  • Le chômage le plus bas des DROM et un PIB par habitant supérieur à celui de La Réunion (INSEE, comptes régionaux).
  • Des filières d'export identifiées — banane, rhum, produits raffinés — avec des volumes de banane en hausse en 2024 et 2025 (IEDOM, DAAF).
  • Un financement qui tient : 13,3 Md€ d'encours de crédit, taux de créances douteuses de 5,8 % fin 2025, en hausse de 0,5 point (IEDOM, rapport annuel 2025).
  • Une croissance touristique des recettes (+18,9 % en 2024) et de la croisière (+20 % en 2025) (CMT, IEDOM).
Ce qu'elles pointent comme des fragilités
  • Une économie qui stagne en volume : +2 % de PIB réel en dix ans, +0,1 % en 2025 (INSEE).
  • Une population qui baisse et vieillit : −7 % d'habitants depuis 2015, part des 65 ans et plus supérieure à la moyenne nationale (INSEE).
  • Des défaillances au plus haut depuis 2013 : +15,6 % en 2025, BTP en première ligne, emploi privé en recul deux années de suite (IEDOM, INSEE).
  • Une dépendance aux importations et à la sphère publique : taux de couverture de 12 %, 37 % de la valeur ajoutée dans les services non marchands, un tiers des ETP dans le public (INSEE, douane). Cette dépendance a une contrepartie financière : la collectivité territoriale, dont les recettes de fonctionnement représentent un dixième du PIB, porte une dette du même ordre, un milliard d'euros fin 2025 (OFGL) : voir la note La dette de la CTM : ce que disent les comptes.
  • Un chômage des jeunes à 33 % et un tiers de la population sous le seuil de pauvreté national (IEDOM, INSEE).

Trois constats

①Beaucoup d'entreprises, peu d'employeurs : 48 499 unités légales mais 82 % sans salarié, et près de la moitié des salariés dans 410 établissements de 50 personnes et plus — le tissu est bipolaire (sections 01, 05)INSEE SIDE · FLORES
②Une économie de services et de redistribution : 84 % de la valeur ajoutée dans les services, 37 % dans le non-marchand, le commerce pour moitié du chiffre d'affaires — l'export (banane, rhum, raffinage) fait le visage, pas le volume (sections 02, 03, 07)COMPTES RÉGIONAUX · ESANE
③Une dynamique en tension : créations et auto-entrepreneurs au plus haut, défaillances aussi ; chômage bas parce que la population part — les bons chiffres et les mauvais ont souvent la même cause (sections 04, 06)INSEE · IEDOM · URSSAF

L'idée reçue face aux chiffres

L'idée reçueCe que montrent les chiffres vérifiés
« En Martinique, tout le monde est fonctionnaire »39 000 agents publics, soit environ un salarié sur trois — davantage qu'ailleurs (108 agents pour 1 000 habitants contre 74), mais deux tiers du salariat restent privés (section 05)
« Il n'y a pas d'entreprises ici »48 499 unités légales, +74 % en dix ans ; la question n'est pas le nombre mais la taille : 82 % n'ont aucun salarié (section 01)
« Tout le monde crée sa boîte, et elle ferme dans l'année »16 créations pour une défaillance, et 72,8 % de survie à cinq ans, meilleur taux de France — mais mesuré sur une cohorte de 2014 hors micro-entrepreneurs ; pour les micro, un tiers ne déclare aucun chiffre d'affaires (sections 04, 05)
« La Martinique vit de la banane et du rhum »Agriculture 2,5 % et industrie 9,4 % de la valeur ajoutée. Banane et rhum font le visage des exportations, pas le volume de l'économie, qui est à 84 % dans les services (sections 02, 03)
« Le tourisme, c'est 10 % du PIB »L'INSEE mesure 9 500 emplois, soit 10 % de l'emploi marchand (2019) ; l'hôtellerie-restauration pèse 1,2 % de la valeur ajoutée. Le « 10 % du PIB » n'est pas un chiffre officiel (section 03)
« Le chômage baisse, donc ça va mieux »De 19,5 à 13,4 % en onze ans, pendant que la population perdait 7 % de ses habitants : une part de la baisse est démographique, et le taux remonte depuis 2023 (section 06)
« On importe tout de Chine et des États-Unis »61 % des importations viennent de l'hexagone ; les États-Unis et la Norvège comptent surtout pour les hydrocarbures de la raffinerie (section 07)

Ce portrait ne conclut ni au déclin ni au dynamisme : les mêmes données nourrissent les deux lectures, selon qu'on regarde le nombre d'entreprises ou leur taille, le taux de chômage ou la population active, les créations ou les défaillances. Ce qu'il établit, c'est la structure — une économie de services, financée par la sphère publique et les transferts, exportant peu, où l'initiative individuelle est abondante et l'emploi privé fragile. Chaque politique économique locale part de là.

+

À propos de ce document : qui l'a fait, et comment

Origine

Ce document a été réalisé le 11 septembre 2026, avec un assistant d'intelligence artificielle pour la recherche des sources, la rédaction et les graphiques, sous la direction éditoriale de son auteur, qui a vérifié les chiffres à la source, relu et corrigé le texte, en assume la responsabilité et a fixé la ligne : neutralité, objectivité, pédagogie. Il prolonge un premier document de la même collection consacré à l'octroi de mer. Ce n'est pas un document officiel : il n'émane ni de l'INSEE, ni de l'IEDOM, ni d'aucune administration. Les jugements qui y figurent sont attribués à leurs auteurs ; les calculs originaux (parts, ratios, évolutions) sont signalés et reproductibles à partir des sources citées.

Limites à connaître

  • Les millésimes sont hétérogènes : stock d'entreprises, PIB et emploi 2024 ; créations, défaillances, chômage et commerce extérieur 2025 ; chiffre d'affaires 2023 ; survie 2014-2019 ; pauvreté 2017. Chaque chiffre porte son année.
  • Le PIB 2022-2024 est provisoire ; les défaillances sont révisées à la hausse pendant plusieurs mois.
  • Trois périmètres d'emploi coexistent (comptes régionaux 134 500 salariés, Flores 130 580 postes, recensement 112 088) : ils ne se comparent pas entre eux.
  • Le chiffre d'affaires exclut l'agriculture, la finance, les micro-entrepreneurs et les entreprises dont le siège est hors Martinique.
  • Les tableaux d'entreprises par taille du Mémento 2024 de la CCI Martinique présentent une incohérence manifeste (colonnes inversées) et n'ont pas été repris.
  • Les textes préparés avec un assistant IA peuvent contenir des erreurs ou des simplifications, malgré la relecture critique dont ce document a fait l'objet.

Comment il a été construit — les 5 étapes

  • ① Collecte des sources primaires : API de diffusion de l'INSEE (Melodi : stocks d'entreprises, créations par catégorie juridique, comptes régionaux, Flores, recensement), rapports annuels 2024 et 2025 de l'IEDOM Martinique et notes IEOM sur les défaillances, Insee Flash n°224 (Esane 2023), Insee Conjoncture n°39 (bilan 2025), Insee Analyses n°57 et n°68, base régionale du commerce extérieur de la douane, open data de l'URSSAF, annonces du BODACC via son API, recensement agricole 2020 (Agreste), chiffres clés de la Chambre de métiers.
  • ② Recoupement : chaque série de l'API INSEE a été confrontée au « Dossier complet » du département sur insee.fr ; les défaillances FIBEN ont été confrontées au comptage BODACC (écart de 0,4 % en 2025, 9 % en 2024) ; le PIB Melodi à la publication IEDOM.
  • ③ Analyses originales : parts et évolutions (stock +74 %, volume +2 %, population −7 %), comptage annuel des annonces BODACC par nature de jugement, ratio créations/défaillances, part des salariés par taille d'établissement.
  • ④ Étiquetage des limites : millésimes et périmètres indiqués sous chaque chiffre, blocs non détaillés par les sources signalés comme tels (formes juridiques « autres », services administratifs), chiffres non officiels écartés (chiffre d'affaires des groupes, « 10 % du PIB » touristique).
  • ⑤ Contrôle de neutralité : forces et fragilités présentées en deux panneaux attribués, tableau des idées reçues confronté aux seuls chiffres vérifiés, aucune personne nommée, aucune recommandation.

Citer ce dossier

Mondésir, Jean-Christophe. De quoi vit la Martinique ?. Décryptaj', collection Analyse indépendante, édition 2026-10. https://decryptaj.com/tissu-economique/

Édition 2026-10, publiée le . Le contenu de cette page ne change qu'avec une nouvelle édition, signalée par un erratum ci-dessous : citez l'adresse et l'édition.

Contenu publié sous licence CC BY 4.0 : reprise et adaptation libres avec attribution.

Errata

↑