Martinique · Octroi de mer · Débat de septembre 2026
Réformer l'octroi de mer : que disent les chiffres ?
Le 10 septembre, la Commission européenne propose de prolonger jusqu'en 2030 le cadre de l'octroi de mer. Le 18, la Collectivité réunit une journée « Quel octroi de mer pour demain ? ». Début octobre, le tarif 2026 doit entrer en vigueur sans presque rien changer. Cette note confronte les affirmations du débat aux données publiques, et dit où elles manquent.
2030fin proposée par la Commission européenne pour le cadre des différentiels, au lieu de 2027COM(2026) 662 · 10 SEPT. 2026
0année de baisse en douze ans : 173,9 M€ encaissés par les communes en 2014, 260,5 M€ en 2025COMPTES DE GESTION DGFIP · CALCUL
20 à 59 %des produits de gestion des communes selon la commune, en 2025COMPTES DE GESTION DGFIP · CALCUL
19,4 %le taux normal de TVA, services compris, qu'il faudrait pour remplacer l'octroi de mer, contre 8,5 % aujourd'huiFERDI 2020 · COUR DES COMPTES 2024
Transparence Note indépendante et non officielle. Chiffres issus des sources publiques citées, vérifiés par l'auteur. Rédaction et graphiques préparés avec un assistant IA, relus, corrigés et signés par l'auteur, qui en assume la responsabilité. Méthode et limites en fin de note.
Note Martinique · Octroi de mer · Débat de septembre 2026Ce qui a été dit, ce que les chiffres en disent, ce qu'ils ne disent pas
Réformer l'octroi de mer : que disent les chiffres ?
Le 10 septembre, la Commission européenne propose de prolonger jusqu'en 2030 le cadre de l'octroi de mer. Le 18, la Collectivité réunit une journée « Quel octroi de mer pour demain ? ». Début octobre, le tarif 2026 doit entrer en vigueur sans presque rien changer. Cette note confronte les affirmations du débat aux données publiques, et dit où elles manquent.
Deux dates ont relancé le débat sur l'avenir de la taxe. Le 10 septembre, la Commission européenne a proposé de prolonger jusqu'à fin 2030 le cadre qui autorise les différentiels de taux, au lieu de fin 2027. Le 18 septembre, la Collectivité Territoriale de Martinique a réuni une journée de travail intitulée « Quel octroi de mer pour demain ? » : une présentation chiffrée le matin, trois ateliers, puis une restitution publique diffusée en direct, suivie d'une heure de débat. La Collectivité a mis en ligne le soir même les comptes rendus oraux des trois ateliers. Ce qui suit résume ce que leurs rapporteurs ont dit, puis ce que la plénière y a ajouté ; ce sont des synthèses et des prises de parole de participants, pas des décisions de la Collectivité.
Ce que les ateliers ont demandé
Simplifier et stabiliser. Les trois ateliers demandent des taux, des exonérations et des règles lisibles, un outil numérique pour les connaître, et une visibilité sur plusieurs années plutôt que des retouches fréquentes.
Des données fiables. Deux ateliers jugent le diagnostic impossible faute de données accessibles, au point de proposer de lever le secret statistique pour des agents assermentés chargés d'étudier le dispositif.
Revoir l'assiette. Sortir le fret et l'assurance de la base de calcul, aujourd'hui la valeur CAF, en particulier pour les marchandises de faible valeur (ateliers 1 et 2).
Rendre la taxe visible. Faire apparaître l'octroi de mer sur les tickets de caisse et les factures (atelier 2).
Évoluer sans casser. L'atelier consacré aux communes écarte une réforme brutale, parle de « choc fiscal », demande un mécanisme de lissage d'une recette jugée volatile et conclut que l'octroi de mer « devrait évoluer progressivement plutôt que d'être supprimé ou remplacé brutalement ».
Une tension non tranchée. Affecter une part des recettes au développement économique, à l'eau ou au transport (ateliers 1 et 2), ou sanctuariser les budgets des communes (ateliers 2 et 3).
Les chiffres du matin, et leur statut
380 M€ en 2025. C'est le produit de l'octroi de mer présenté par l'économiste Bruno Marques pour la Collectivité, contre 250 M€ en 2014, soit une hausse moyenne de 4,1 % par an. Le dossier « L'octroi de mer décodé » retient 346 M€ pour 2022, chiffre de la Cour des comptes : les deux ne se contredisent pas, ils ne portent pas sur la même année.
43,1 % des dépenses de fonctionnement des communes en 2025, et 28,5 % des impôts collectés sur le territoire, selon la même présentation. La Cour des comptes mesurait 37 % des produits de gestion en moyenne en 2022 : le dénominateur n'est pas le même.
8,6 % du prix final des produits importés, et 1,8 % du prix final tous produits confondus. Ces deux mesures diffèrent du taux médian de 10 % et du taux moyen pondéré de 11,4 % calculés dans le dossier, qui portent sur la valeur en douane et non sur le prix en rayon.
384 M€, rendement simulé d'une « solution de rechange » dont la nature n'a pas été précisée dans les comptes rendus disponibles.
Statut. Ces chiffres sont rapportés par la presse à partir de la présentation orale ; le support n'est pas publié. Ils sont donnés ici avec leur auteur et ne sont pas repris dans les tuiles de cette note tant qu'ils ne peuvent pas être vérifiés.
Ce que la plénière a ajouté
Une restitution contestée. Un représentant de la grande distribution a jugé le compte rendu de l'atelier 2 « partiellement fidèle » : la baisse des prix, la compétitivité de la production locale par la baisse des coûts, et une dotation de l'État compensant les recettes des communes, présentées comme une « boîte à outils », n'y figuraient pas. Le président du conseil exécutif a demandé qu'elles soient ajoutées.
Des pistes posées comme des questions par l'exécutif. Une TVA régionale « mixée » avec un octroi de mer réduit à la protection de la production locale, un octroi interne proche de zéro, une fiscalité écologique adossée au marché du carbone, l'élargissement de la taxe aux services, évalué oralement à « pratiquement 300 millions d'euros de plus », et l'accès aux données douanières, faute desquelles « on pilote à vue ».
Des objections entendues. Une TVA assise sur les services « implique nécessairement une augmentation des prix des services » ; une TVA locale rembourse les entreprises et ne dégage pas plus de ressources ; l'État collecte déjà l'octroi de mer par la douane ; la DGF suit la population, qui baisse ; le consommateur a été « oublié » du débat. Une élue a insisté : « on ne décide pas aujourd'hui qu'on supprime l'octroi de mer ».
Deux chiffres oraux, non publiés. Le président a dit attendre « −7 % d'octroi de mer cette année 2026 » sur la part de la Collectivité, environ 90 M€, et a évalué à « entre 30 et 50 millions d'euros par an » le coût des exonérations et différentiels en faveur de la production locale. Ni l'un ni l'autre n'a de support public.
Les suites annoncées. Une synthèse des ateliers et du débat, relue par des participants désignés ; deux ou trois études avec l'Université des Antilles, sur la TVA régionale combinée à l'octroi de mer, le financement des collectivités, celui de l'économie et le poids de la fiscalité sur les importations ; un nouveau rendez-vous « dans un trimestre » ; des positions communes recherchées avec les autres DROM, avec en ligne de mire l'évaluation de 2028 et l'échéance de 2030.
Sources : comptes rendus oraux des trois ateliers publiés par la Collectivité le 18 septembre 2026 et direct de la restitution et du débat (transcriptions automatiques, non relues par la Collectivité) ; Antilla, 18 septembre 2026, pour les chiffres de la présentation ; Commission européenne, COM(2026) 662, 10 septembre 2026. Le 17 septembre, La 1ère opposait deux lectures de la prolongation : une avocate y voit une taxe qui frappe surtout des produits sans équivalent local, un politiste y voit une décision qui « ferme provisoirement le débat sur la disparition » mais « pas le débat sur sa réforme ».
02
Ce que les chiffres en disent
Sept affirmations du débat, chacune mise en face de la donnée publique la plus proche. À gauche, ce qui a été dit et par qui. À droite, ce que mesurent les données, avec leur statut : « mesurable » quand la donnée existe, « autre mesure » quand le chiffre avancé existe mais ne compte pas la même chose, « estimation » quand Décryptaj' a dû calculer avec une méthode explicite. Les séries communales viennent des comptes de gestion des 34 communes, 2014 à 2025.
Atelier 3 · financement des communes
La recette d'octroi de mer reste volatile
Volumes et valeurs importés qui fluctuent, activité, démographie ; la crise sanitaire citée en exemple.
Mesurable0 baisse en 12 ans
L'octroi de mer encaissé par les 34 communes passe de 173,9 M€ en 2014 à 260,5 M€ en 2025, +3,75 % par an, sans aucune année de recul ; 2020 fait +2,0 %. La dotation de l'État, elle, a reculé (voir plus bas).
Comptes de gestion DGFiP 2014-2025 · calcul
Ce que ça ne dit pas : la collecte douanière bouge davantage (+2,1 % par an 2014-2019, +4,2 % 2014-2022 selon la Cour des comptes). La loi indexe la part garantie des communes sur les prix et le PIB, et renvoie le surplus au fonds régional d'investissement l'année suivante : le lissage réclamé existe déjà, et c'est l'investissement qui absorbe les écarts. Le président du conseil exécutif a dit attendre, en séance, « −7 % » sur la part de la Collectivité en 2026 : une prévision orale, qui porte sur l'octroi régional (100 M€ en 2025 dans les comptes de la CTM) et non sur la part garantie des communes, laquelle est indexée par la loi.
Octroi de mer et dotation globale de fonctionnement des 34 communes, 2014-2025
Millions d'euros encaissés, budgets principaux. L'octroi de mer progresse chaque année ; la DGF reste sous son niveau de 2014.
Octroi de merDGF
Voir les données
Année
Octroi de mer (M€)
Variation
DGF (M€)
Variation
Présentation du matin · B. Marques, via Antilla
43,1 % des dépenses de fonctionnement des communes
Et 34,1 % de leur budget en moyenne, 28,5 % des impôts collectés sur le territoire, pour 2025. La Cour des comptes disait 37 % des produits de gestion en 2022.
Mesurable42,1 %
des dépenses réelles de fonctionnement des 34 communes en 2025, 38,2 % de leurs produits de gestion, 33,3 % de leurs recettes totales, la moitié de leurs impôts et taxes. Les trois chiffres du débat sont exacts dans leur définition : ils changent de dénominateur et d'année.
Comptes de gestion DGFiP 2025 · OFGL · calcul
Par commune, en 2025 : de 20 % à Bellefontaine à 59 % à Fonds-Saint-Denis, 30 communes sur 34 au-dessus de 35 %. Le « 37 % » de la Cour est un ratio d'ensemble, pas une moyenne de communes.
Part de l'octroi de mer dans les produits de gestion de chaque commune, 2025
En pourcentage. Les petites communes du Nord et du Sud en dépendent le plus ; Fort-de-France et Le Lamentin, qui ont d'autres ressources, le moins.
Voir les 34 communes
Commune
Octroi de mer (M€)
Produits de gestion (M€)
Part
Présentation du matin · B. Marques, via Antilla
8,6 % du prix final des produits importés
Et 1,8 % du prix final tous produits confondus, production locale et services compris.
Autre mesurede 4,7 à 9,6 %
selon ce qu'on mesure : 4,7 % du prix final (Ferdi, 2020), 7 % (Autorité de la concurrence, 2019), 8,6 % sur les biens importés (Marques et Saint-Cyr, 2020-2023, méthode non publiée), 9,6 % du coût d'achat des distributeurs alimentaires sur 2022-2024 (Autorité de la concurrence, avis 26-A-01, 2026). Le chiffre du 18 septembre n'est pas nouveau, et aucun de ces chiffres ne compte la même chose.
Ferdi 2020 · ADLC 2019 et 26-A-01 · AMF-ACCD'OM 2024
Ce qui n'existe pas : une mesure publiée du poids de l'octroi de mer dans l'indice des prix. Le taux médian du tarif, 10 % octroi régional compris, s'applique à la valeur en douane, avant marges, transport intérieur et TVA.
Maryse Coppet, avocate · La 1ère, 17 sept.
97 % de la taxation porte sur des produits sans production locale
Argument contre la prolongation du régime des différentiels.
Autre mesure97 %
c'est, selon la Cour des comptes, la part de la ressource assise sur des biens importés, l'octroi interne sur la production locale pesant 3,6 %. Un produit importé peut avoir un équivalent local : près d'un code sur quatre du tarif protège une production martiniquaise (2 295 sur 9 810, selon le dossier). Le chiffre est exact, sa définition n'est pas celle qui lui est prêtée.
Cour des comptes 2024, p. 101 · Ferdi 2020 · tarif 2025, calcul
Ce que la base ne dit pas : la part de la valeur importée qui entre sous un différentiel. Les importations par code et par territoire relèvent du secret statistique.
Ateliers 1 et 2
Sortir le fret et l'assurance de l'assiette
L'octroi de mer se calcule sur la valeur CAF : coût, assurance, fret.
Estimation18 à 47 M€
de recettes par an en jeu si l'assiette passait du CAF au FAB, ordre central 30 à 35 M€. Fret et assurance pèsent de 5 à 13 % de la valeur en douane selon les produits : 2,5 à 3,3 % en moyenne nationale, près de 13 % sur le panier alimentaire étudié par l'Autorité de la concurrence.
Douane 2024 · ADLC 26-A-01 · estimation Décryptaj', méthode en fin de note
Ce que ça ne dit pas : qui garderait la baisse, le distributeur ou le consommateur, et comment les communes seraient compensées.
Atelier 3 · financement des communes
La Martinique dispose-t-elle réellement d'une alternative ?
La TVA citée comme dispositif difficile à transposer.
Mesurable19,4 %
taux normal de TVA qu'il faudrait pour remplacer l'octroi de mer à recette égale, contre 8,5 % aujourd'hui, selon le seul chiffrage publié (Ferdi, repris par la Cour des comptes). En 2017, la TVA rapportait 227,8 M€ en Martinique, l'octroi de mer 257,1 M€ ; un point de TVA vaut environ 23 à 24 M€ sur cette base. Ce taux s'appliquerait à toute l'assiette actuelle de la TVA, services compris : la charge passerait des seuls biens importés à l'ensemble de la consommation, restauration, réparation, télécoms ou assurances incluses, qui ne paient pas d'octroi de mer aujourd'hui. Autre différence : la TVA à 8,5 % revient aujourd'hui intégralement à l'État, alors que l'octroi de mer va aux communes et à la Collectivité. Le scénario de la Cour des comptes prévoit donc une TVA « régionale » pour les points supplémentaires, dont le produit irait à la Collectivité, et une dotation pour les communes.
Ferdi 2020 · Cour des comptes 2024, tableaux 27-28 et annexe 13
Ce qui n'existe pas : une recette de TVA martiniquaise plus récente que 2017, ni de chiffrage de ce que chaque ménage ou secteur y gagnerait ou y perdrait. Des élus décrivent le financement des communes par dotation comme une perte d'autonomie. En plénière, une spécialiste des finances publiques a rappelé qu'une TVA locale rembourse les entreprises et « n'est pas une solution pour augmenter les ressources », et un rapporteur qu'une TVA sur les services « implique nécessairement une augmentation des prix des services ». La « solution de rechange » à 384 M€ évoquée le 18 septembre n'a pas de support public.
Atelier 3 · financement des communes
Un désengagement de l'État
La dotation globale de fonctionnement au centre du constat.
Mesurable− 6 %
pour la DGF des 34 communes entre 2014 (94,7 M€) et 2025 (89,1 M€), après −7,6 % en 2015 et −5,7 % en 2016, pendant que l'octroi de mer progressait de 50 %. Sans l'octroi de mer, les communes des DROM auraient 12 à 14 % de recettes de fonctionnement par habitant de moins que celles de l'Hexagone, selon la Cour des comptes.
Comptes de gestion DGFiP · OFGL · Cour des comptes 2024, p. 66
Ce que ça ne dit pas : la DGF n'est qu'une partie des concours de l'État, qui passent de 99,7 à 111,2 M€ entre 2018 et 2025 selon l'OFGL.
03
Pendant ce temps, le tarif 2026
Chaque année, l'Assemblée de Martinique vote une nouvelle grille de l'octroi de mer : près de dix mille codes douaniers, chacun avec quatre taux. Le tarif 2025 avait relevé 92 codes et abaissé 41 pour compenser le panier à 0 %. Le tarif 2026, voté le 25 juin 2026 (délibération n° 26-148-1) et transmis à la préfecture le 4 août, entre en vigueur début octobre. Comparé code par code au tarif 2025, à partir des deux PDF officiels publiés par la Collectivité, il ne modifie qu'un taux : une année blanche, pendant que le débat porte sur la forme même de la taxe.
9 768codes présents dans les deux tarifs, dont 9 767 aux taux strictement identiquesDÉLIBS 25-198-1 / 26-148-1 · CALCUL
1code modifié : le blanc de champignon (06029010), de 15 à 20 % à l'importDÉLIB. 26-148-1 · P. 82
27 / 14codes nouveaux / disparus, tous liés à la mise à jour de la nomenclature européenne, aux taux de leur position d'origineCALCUL
0baisse. Aucun changement d'octroi régional, d'octroi interne, de liste A ou BCALCUL
Deux grilles superposées : la même
Répartition des 9 800 codes douaniers par taux d'octroi de mer à l'importation, 2025 et 2026
Nombre de codes NC8 à chaque taux. Les barres 2026 recouvrent les barres 2025 partout : les seuls écarts (+12 à 7 %, +2 à 20 %, −1 à 15 %) viennent des codes créés ou supprimés par la nomenclature, et du blanc de champignon.
Tarif 2026Tarif 2025
Voir les données
Taux OM import
Codes 2025
Codes 2026
Écart
Lecture : la moitié du tarif reste à 7 %, un millier de codes à 20 % et plus, les 16 codes du tabac à 50 %. Médiane et moyenne simple de l'octroi de mer seul, hors octroi régional, sont identiques à 2025 (7 % et 9,9 %). Les produits emblématiques du dossier ne bougent pas : cigarettes 50 %, spiritueux 40 %, bière importée 30 %, farine, sucre et café 25 %, sodas et rhum importé 20 %, voitures de 5 à 20 % selon la motorisation, utilitaires 15 %, ciment et fer à béton importés 20 %, médicaments 7 %, livres 0 %, cahiers 7 %, ordinateurs 7 à 10 %, smartphones 7 %.
Le panier à 0 % tient
Les 54 familles de produits de première nécessité détaxées en décembre 2024 (lait, beurre, conserves, pâtes, légumes secs, couches, dentifrice…) sont reconduites à 0 % d'octroi de mer, d'octroi régional et d'octroi interne dans le tarif 2026. Un code de la liste initiale (tomates concentrées, 20029039) a été scindé en deux par la nomenclature européenne ; ses deux successeurs sont à 0 %. Le tableau des délibérations en vigueur publié par la douane confirme la date de fin de cette expérimentation : 17 décembre 2027. Le tarif 2026 ne l'a ni prolongée ni abrégée.
Ce qui change vraiment : 27 codes nouveaux, 14 disparus, un taux
Les 41 mouvements de codes sont des scissions de la nomenclature combinée 2026 (une position se dédouble, l'ancienne disparaît) : sels de lithium pour batteries, graphite artificiel, silicium dopé, mâts d'éoliennes, pales, onduleurs solaires, piles à combustible, électrolyseurs. Tous héritent du taux de leur position d'origine, 7 % pour l'essentiel, 20 % pour les mâts et pylônes en acier. Le vocabulaire de la transition énergétique entre dans le tarif sans qu'aucun taux ne soit décidé pour lui.
Oxydes et phosphates de lithium (batteries)NC 28419040, 28429020 · nouveaux7 %
Blanc de champignonNC 06029010 · 15 % → 20 % · contingent à 3 %20 %
Voir les 27 codes nouveaux et les 14 codes disparus
Code
Libellé
Taux 2026 (OM/OMR/OMI/OMIR)
Statut
La fabrique d'un taux : le cas du blanc de champignon
Le seul changement de taux de l'année porte sur un produit que presque personne ne connaît : le blanc de champignon, c'est-à-dire le mycélium sur support que les champignonnistes ensemencent pour produire pleurotes et champignons de Paris. Il passe de 15 à 20 % à l'importation, en liste A, et une ligne dérogatoire à 3 % est créée « dans la limite du quota annuel » du régime spécifique d'approvisionnement.
Tarif 2025
15 %
blanc de champignon importé, taux plein
→
Tarif 2026
20 %
taux plein relevé de 5 points (liste A)
→
Et en même temps
3 %
contingent à taux réduit, dans la limite d'un quota annuel
La délibération ne motive pas la mesure. Sa structure, en revanche, est celle d'un ajustement de filière : on relève le taux plein pour protéger une production locale, on laisse entrer à taux réduit ce qu'elle ne couvre pas encore. La Martinique compte une champignonnière à Trinité, un producteur de champignons de Paris au Robert, et un projet de filière financé par des fonds européens qui travaille précisément sur la production locale de mycélium. Le lien entre ce projet et la mesure est une hypothèse cohérente, pas un fait établi : aucun document public ne le dit. C'est aussi une illustration de la façon dont la grille se construit, position par position, à la demande d'une filière, sans que le public en soit informé autrement que par une ligne parmi 9 800.
04
Ce que la base ne dit pas
Sur la date et le texte
La date exacte n'est pas écrite. Le tarif 2025 disait « entre en vigueur le 1ᵉʳ octobre 2025 » ; le tarif 2026 dit « à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de sa transmission au contrôle de légalité », transmission datée du 4 août. Cela donne le 4 octobre, un dimanche, ou le lundi 5 selon la lecture stricte du délai. Seule la douane tranchera dans son tableau des délibérations en vigueur.
Une règle nouvelle derrière la formule. La loi de finances pour 2026 a modifié l'article 27 de la loi de 2004 : un décret doit fixer les dates d'entrée en vigueur des délibérations, au plus tard le premier jour du troisième mois suivant leur communication. L'Assemblée de Martinique a rendu un avis défavorable sur ce projet de décret le 30 juillet 2026, en contestant la transmission préalable des projets à la douane et l'entrée en vigueur différée. La formulation prudente de l'article 3 s'inscrit dans ce contexte.
Aucun motif. Le texte publié ne contient ni exposé des motifs, ni rendement attendu, ni référence au panier vie chère. Le rapport du président du conseil exécutif, qui les contiendrait, n'est pas en ligne. La transmission à la préfecture porte la mention « substitution », signe qu'une transmission antérieure a existé.
Sur les prix
Un tarif stable n'est pas un prix stable. L'octroi de mer se calcule sur la valeur CAF, fret compris : si le coût du conteneur monte, la taxe monte à taux constant. Et les marges, le change et les cours mondiaux font le reste. Cette note dit ce que la taxe fait, pas ce que les rayons feront.
Un tarif ne se périme pas, il se remplace. Aucune durée de validité n'est fixée : le tarif 2026 s'appliquera jusqu'à la prochaine délibération, qui peut être une refonte ou une retouche ciblée en cours d'année, comme en décembre 2024. Le millésime vient de la nomenclature européenne, mise à jour chaque 1ᵉʳ janvier.
Les échéances sont ailleurs. Le 17 décembre 2027 pour le panier à 0 % ; le 31 décembre 2027 pour la décision européenne qui autorise les différentiels, que la Commission propose de prolonger jusqu'en 2030 avec cinq positions supplémentaires pour la Martinique à partir du 1ᵉʳ janvier 2027.
Sur le débat. Aucun compte rendu écrit de la journée du 18 septembre n'est publié ; les positions rapportées ici viennent de synthèses orales transcrites automatiquement. Le support de la présentation chiffrée n'est pas en ligne, ce qui empêche de vérifier la méthode des 8,6 % et 1,8 % ou la nature de la « solution de rechange » à 384 M€. Les données qui manquent pour trancher les demandes des ateliers sont listées dans la section 02, affirmation par affirmation.
05
Ce qu'il faut retenir
Le débat de septembre ne porte pas sur les taux de l'année : le tarif 2026 est une année blanche, un seul code change, le panier à 0 % court jusqu'au 17 décembre 2027. Il porte sur la forme de la taxe, son assiette, sa lisibilité et sa place dans le budget des communes, au moment où Bruxelles propose d'en prolonger le cadre jusqu'en 2030. Les ateliers réunis par la Collectivité demandent d'abord des règles stables et des données fiables ; ils n'ont pas tranché entre affecter une part de la recette au développement et sanctuariser les budgets communaux. Une partie de leurs affirmations peut être mesurée avec les données publiques, et cette note le fait ; pour le reste, la donnée n'existe pas ou n'est pas publiée, et c'est en soi un résultat.
+
À propos de cette note
Origine et méthode
Note réalisée du 15 au 19 septembre 2026 avec un assistant d'intelligence artificielle pour la recherche des sources, la rédaction et les graphiques, sous la direction éditoriale de son auteur, qui a vérifié les chiffres à la source, relu et corrigé le texte et en assume la responsabilité. Elle prolonge le dossier L'octroi de mer décodé. Base : les deux grilles tarifaires officielles publiées par la Collectivité Territoriale de Martinique (délibérations 25-198-1 et 26-148-1), converties en tables de 9 782 et 9 795 codes NC8 par un programme de lecture des PDF, puis comparées code par code sur les quatre taux et les listes de différentiels. Les deux pages scannées du corps de la délibération 2026 ont été lues pour la date. Ce n'est pas un document officiel.
Limites
Lecture automatique de PDF de 992 pages : une erreur résiduelle sur une ligne est possible ; les 9 761 libellés identiques entre les deux années et le contrôle des totaux par taux rendent une erreur de masse improbable.
Les 80 lignes dérogatoires « EX » (contingents, tarifs particuliers) et les 27 subdivisions à dix chiffres ont été comparées à part ; trois lignes d'aliments pour animaux sous quota passent de 1,5 à 3 %.
La date d'application est déduite du texte (4 ou 5 octobre) ; la douane peut retenir une autre transmission comme point de départ.
Les séries communales (section 02) sont calculées à partir des comptes de gestion des 34 communes publiés par la DGFiP (budgets principaux, compte 7373 puis 73431 pour l'octroi de mer, 7411 et 7412 pour la DGF), recoupées avec l'OFGL pour 2018-2025 ; elles mesurent ce que les communes encaissent, pas ce que la douane collecte.
L'estimation des recettes en jeu si l'assiette passait du CAF au FAB applique une part de fret et d'assurance de 5 à 13 % de la valeur en douane (taux CAF-FAB national de 2,5 à 3,3 %, extra-Union européenne 4,9 à 6,4 %, douane 2024 ; environ 13 % sur le panier alimentaire de l'avis 26-A-01) à une assiette externe d'environ 350 à 365 M€ de recettes. C'est un ordre de grandeur, pas une prévision.
L'explication du cas du blanc de champignon est une hypothèse, signalée comme telle.
Les positions des ateliers du 18 septembre viennent des trois comptes rendus oraux publiés par la Collectivité, transcrits automatiquement et non relus par elle : ce sont des synthèses de rapporteurs, pas des décisions. Les chiffres de la présentation du matin sont rapportés par la presse, leur support n'étant pas publié.
Les textes préparés avec un assistant IA peuvent contenir des erreurs ou des simplifications, malgré la relecture dont cette note a fait l'objet.
Citer ce dossier
Mondésir, Jean-Christophe. Réformer l'octroi de mer : que disent les chiffres ?. Décryptaj', collection Analyse indépendante, édition 2026-10. https://decryptaj.com/reformer-octroi-de-mer/
Édition 2026-10, publiée le . Le contenu de cette page ne change qu'avec une nouvelle édition, signalée par un erratum ci-dessous : citez l'adresse et l'édition.
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