Note   Martinique · Finances communales · Octroi de mer · Foncier Une question, une base, ce qu'elle dit, ce qu'elle ne dit pas

Communes de Martinique : des recettes plus élevées que dans l'Hexagone, des dépenses aussi

Les 34 communes de Martinique disposent de 1 852 € de recettes de fonctionnement par habitant, contre 1 418 € dans l'Hexagone. L'écart tient à une taxe sur les importations, qui leur apporte une recette sur trois. Ce que les comptes 2025 disent de cet écart, poste par poste, et ce qui se passerait, arithmétiquement, si le foncier la remplaçait.

Méthode Chiffres issus des sources publiques citées, vérifiés par l'auteur. Méthode, transparence et limites en fin de note →

Sommaire · 5 sections
  1. La question, et la base qui y répond
  2. Ce que la base dit
  3. Ce que la base ne dit pas
  4. Ce qu'il faut retenir
  5. À propos de cette note
01

La question, et la base qui y répond

D'où viennent les recettes des communes de Martinique, et en quoi diffèrent-elles de celles des communes de l'Hexagone ? Une base publique répond aux deux questions avec les mêmes définitions : les comptes des communes publiés par l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), calculés sur les balances comptables de la DGFiP, budget principal, exercice 2025, pour les 34 communes de Martinique et les 34 649 communes de l'Hexagone. Les balances elles-mêmes permettent d'isoler l'octroi de mer, que l'OFGL range avec d'autres taxes, et de remonter à 2014. Le fichier de la fiscalité directe locale (REI) donne les bases et les taux de la taxe foncière ; les critères de répartition de la dotation globale de fonctionnement (DGF) en donnent les composantes. L'octroi de mer perçu par la Collectivité territoriale n'est pas dans le champ : la note parle des communes.

38,5 %des recettes de fonctionnement des 34 communes viennent de l'octroi de mer en 2025 : 260,5 M€ sur 676,1 M€, soit 714 € par habitantDGFiP · BALANCES 2025 · COMPTE 73431
1 852 €de recettes de fonctionnement par habitant en Martinique, 1 418 € dans l'Hexagone (1 491 € à taille de commune comparable) ; les frais de personnel sont plus élevés aussi, 1 073 € contre 650 €OFGL 2025 · BUDGET PRINCIPAL
45,4 %de taux moyen de taxe foncière sur le bâti en Martinique, 37,1 % dans l'Hexagone : 8 points de plus, sur une base par habitant inférieure de 20 %REI 2025 · TAUX PONDÉRÉ
+ 50 %d'octroi de mer pour les communes entre 2014 et 2025 (173,9 → 260,5 M€), − 6 % de DGF sur la même période (94,7 → 89,1 M€)DGFiP · BALANCES 2014-2025
02

Ce que la base dit

Deux structures de recettes qui ne se ressemblent pas

D'où vient chaque euro de fonctionnement des communes en 2025, Martinique et Hexagone
Recettes de fonctionnement, budget principal, en part du total. L'octroi de mer est isolé des « autres impôts et taxes » de l'OFGL à partir des balances. « Reversements » = attributions de compensation, FPIC et FNGIR reçus de l'intercommunalité, que l'OFGL range dans les impôts locaux. « Autres » = péréquation, autres dotations de l'État, subventions, ventes de biens et services, recettes diverses. « Hexagone à taille comparable » (tableau) = moyennes par habitant des communes de l'Hexagone dans chaque tranche de population de l'OFGL, pondérées par la population martiniquaise de la tranche (sept tranches, de 500 à 100 000 habitants) : ce que serait l'Hexagone s'il avait la même répartition de communes par taille que la Martinique. Calcul de l'auteur.
Impôts locaux hors reversementsReversements de l'intercommunalitéOctroi de merAutres taxesDGFAutres
Recettes 2025, € par habitantMartiniqueHexagoneHexagone comparable
Impôts locaux, reversements compris620 €802 €919 €
dont reversements78 €157 €196 €
Octroi de mer714 €0 €0 €
Autres taxes83 €135 €87 €
DGF244 €180 €187 €
Autres concours de l'État60 €57 €55 €
Subventions reçues68 €59 €71 €
Ventes de services24 €117 €120 €
Autres recettes40 €69 €51 €
Total1 852 €1 418 €1 491 €
Part des recettesMartiniqueHexagoneHexagone comparable
Impôts locaux, reversements compris33,5 %56,5 %61,6 %
dont reversements4,2 %11,0 %13,2 %
Octroi de mer38,5 %0 %0 %
Autres taxes4,5 %9,5 %5,8 %
DGF13,2 %12,7 %12,6 %
Autres concours de l'État3,3 %4,0 %3,7 %
Subventions reçues3,7 %4,2 %4,8 %
Ventes de services1,3 %8,2 %8,0 %
Autres recettes2,1 %4,8 %3,4 %
Total100 %100 %100 %

Lecture : un habitant de Martinique apporte à sa commune 434 € de plus qu'un habitant de l'Hexagone. Tout l'écart, et au-delà, vient de l'octroi de mer : 714 € par habitant, que rien ne remplace ailleurs. Sur presque tout le reste, la Martinique encaisse moins : 182 € de moins en impôts locaux (dont 79 € de reversements de l'intercommunalité), 52 € de moins en autres taxes, 93 € de moins en ventes de services aux usagers, 29 € de moins en recettes diverses. Trois postes sont plus élevés : la DGF (+ 64 €), les subventions reçues (+ 9 €) et les autres concours de l'État (+ 3 €). La moyenne hexagonale mélange 18 000 communes de moins de 500 habitants et des villes de 100 000 ; à répartition par taille identique à celle de la Martinique, les communes de l'Hexagone encaissent 1 491 € par habitant, et l'avance martiniquaise tombe de 434 à 361 €. L'écart d'impôts locaux se creuse alors (300 € de moins), celui de DGF se réduit (57 € de plus).

Les dépenses : plus de personnel et d'interventions, moins d'achats, moins d'investissement

Les communes de Martinique dépensent 1 696 € par habitant en fonctionnement, contre 1 205 € dans l'Hexagone et 1 272 € à taille comparable. L'écart de 491 € (424 € à taille comparable) vient pour l'essentiel du personnel : 423 € de plus par habitant, soit 86 % de l'écart (321 € et 76 % à taille comparable). Les dépenses d'intervention (subventions aux associations et aux personnes, centres communaux d'action sociale, contingents et participations) sont aussi plus élevées, de 130 €. En sens inverse, les achats et charges externes (énergie, entretien, prestations) sont plus bas de 53 €, et l'investissement de 113 €. Avec des recettes plus élevées mais des dépenses qui le sont davantage, l'épargne brute des communes de Martinique est de 156 € par habitant, contre 213 € : 8,4 % des recettes, contre 15 %. Leur dette est en revanche plus faible, à 890 € par habitant contre 997 €.

Dépenses 2025, € par habitantMartiniqueHexagoneHexagone comparable
Total1 696 €1 205 €1 272 €
Frais de personnel1 073 €650 €752 €
Achats et charges externes262 €315 €332 €
Interventions299 €169 €127 €
dont subventions au privé39 €48 €48 €
Charges financières26 €24 €24 €
Autres dépenses35 €48 €37 €
Part des dépensesMartiniqueHexagoneHexagone comparable
Frais de personnel63,3 %53,9 %59,1 %
Achats et charges externes15,4 %26,1 %26,1 %
Interventions17,7 %14,0 %10,0 %
dont subventions au privé2,3 %4,0 %3,8 %
Charges financières1,6 %2,0 %1,9 %
Autres dépenses2,1 %3,9 %2,9 %
Épargne et dette 2025, € par habitantMartiniqueHexagoneHexagone comparable
Épargne brute156 €213 €219 €
en part des recettes8,4 %15,0 %14,7 %
Dépenses d'équipement304 €417 €431 €
Encours de dette890 €997 €950 €
en années d'épargne brute5,7 ans4,7 ans4,3 ans
Annuité de la dette120 €119 €124 €

Lecture : « interventions » = subventions versées, aides sociales, contingents et participations ; « achats et charges externes » = énergie, entretien, fournitures, prestations. L'épargne brute est la différence entre recettes et dépenses de fonctionnement ; rapportée à l'encours de dette, elle donne le nombre d'années nécessaires pour rembourser (capacité de désendettement). La part du personnel dans les dépenses de fonctionnement est de 63,3 % en Martinique, contre 53,9 % dans l'Hexagone et 59,1 % à taille comparable ; la Cour des comptes trouvait 68 % contre 54 % sur les comptes 2022. Les comptes donnent ces montants, pas leurs causes : majoration de traitement de 40 %, nombre d'agents par habitant, compétences exercées par les communes plutôt que par l'intercommunalité sont les trois facteurs que les rapports publics avancent (voir plus bas). Un dernier écart passe souvent inaperçu : les communes de Martinique facturent cinq fois moins de services à leurs usagers (24 € contre 117 € de ventes de biens et services par habitant), ce que les chambres régionales des comptes, pour les communes de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique, attribuent à des « défauts de tarification et de recouvrement ».

Le foncier bâti rapporte presque autant qu'en Hexagone, mais pas de la même façon

La taxe foncière sur les propriétés bâties, à elle seule, rapporte aux communes de Martinique 570 € par habitant en 2025, contre 582 € dans l'Hexagone. L'écart est de 2 %. Mais il est obtenu autrement : la base imposable par habitant est inférieure de 20 %, et le taux communal moyen supérieur de 8 points. Il y a moins de locaux imposés pour 1 000 habitants (368 contre 419), et chaque local a une base plus faible (3 414 € contre 3 748 €). Le coefficient correcteur créé par la suppression de la taxe d'habitation prélève 17,3 M€ aux communes de Martinique, dont le foncier transféré dépasse la taxe d'habitation perdue, quand il verse 761 M€ nets aux communes de l'Hexagone : après correction, l'écart de produit passe à 12 %.

Taxe foncière sur le bâti, part communale, 2025MartiniqueHexagoneÉcart
Base nette imposable par habitant1 255 €1 569 €− 20 %
Taux communal moyen (pondéré par les bases)45,4 %37,1 %+ 8,3 points
Produit par habitant, avant coefficient correcteur570 €582 €− 2 %
Produit par habitant après coefficient correcteur523 €593 €− 12 %
Locaux imposés pour 1 000 habitants368419− 12 %
Base nette par local imposé3 414 €3 748 €− 9 %
Potentiel fiscal par habitant890 €1 175 €− 24 %
Revenu fiscal de référence par habitant (2024)14 037 €17 157 €− 18 %

Lecture : d'une commune à l'autre, la base par habitant va de 432 € (Macouba) à 3 540 € (Bellefontaine, qui abrite la centrale électrique), et le taux de 26,4 % (Fonds-Saint-Denis) à 58,6 % (Case-Pilote) ; la médiane des taux est de 46,7 %. Les bases exonérées identifiables dans le fichier (personnes de condition modeste, exonération propre aux DOM) représentent 4,9 % des bases en Martinique ; le fichier ne permet pas la même mesure pour l'Hexagone. Le potentiel fiscal est le critère que l'État utilise pour la péréquation ; pour les communes d'outre-mer, il existe aussi un potentiel financier « majoré de l'octroi de mer » : 1 647 € par habitant en Martinique, contre 1 261 € de potentiel financier dans l'Hexagone. Dans le calcul des dotations, l'octroi de mer compte comme une richesse.

La dotation de l'État : plus haute par habitant, en recul depuis 2014

Les 34 communes reçoivent 89,1 M€ de DGF en 2025 : 43,8 M€ de dotation forfaitaire et 45,3 M€ de dotation d'aménagement des communes d'outre-mer (DACOM), elle-même composée d'un socle (21,4 M€) et d'une dotation de péréquation créée en 2020 (23,9 M€). Rapportée à la population retenue pour la DGF, cela fait 234,5 € par habitant contre 170,0 € dans l'Hexagone, où Paris ne perçoit quasiment plus de DGF (175,7 € hors Paris). La part de péréquation dans la dotation est de 50,9 % en Martinique contre 47,6 %. Sur la série des balances, la DGF des communes est passée de 94,7 M€ en 2014 à 89,1 M€ en 2025, après trois années de baisse (2015 à 2017) au titre de la contribution au redressement des finances publiques, puis une remontée lente, interrompue en 2019. Le montant 2026 est déjà notifié : 90,0 M€.

Les rapports publics nuancent la comparaison brute. Le rapport Cazeneuve-Patient (2019, p. 60) note que les villes de l'Hexagone de plus de 10 000 habitants percevaient 180 € par habitant en 2019, « un montant de DGF assez comparable à celui des communes ultramarines », et que la péréquation versée aux communes des DROM était inférieure au droit commun (75,93 € contre 125,8 € par habitant en 2016 selon le Sénat, soit un écart estimé entre 54 et 58 M€ pour les quatre DROM hors Mayotte). Le rapport et le Sénat présentent ce constat comme l'origine du « rattrapage » inscrit dans la loi de finances pour 2020 (article 250) : majoration démographique portée de 35 % à 63 % en 2023, DACOM passée de 258 M€ en 2019 (dont 201 M€ pour les DROM) à 322 M€ en 2022 pour l'ensemble des communes d'outre-mer. En Martinique, la DACOM est passée de 35,3 M€ en 2019 à 45,3 M€ en 2025.

Douze ans de comptes : l'octroi de mer monte, la dotation stagne

Octroi de mer et dotation globale de fonctionnement des 34 communes de Martinique, 2014-2025, en millions d'euros
Balances comptables DGFiP, budget principal, crédits nets de l'exercice. Octroi de mer : compte 7373 en M14 puis 73431 en M57. DGF : compte 741. Euros courants.
Octroi de merDGF
Voir les données
AnnéeOctroi de mer (M€)VariationDGF (M€)Variation

Lecture : en douze exercices, l'octroi de mer des communes n'a jamais baissé, pas même en 2020 (+ 2,0 %) ; il a gagné 86,6 M€, soit + 50 %, au rythme de 3,75 % par an. La DGF a reculé trois années de suite (− 7,6 % en 2015, − 5,7 % en 2016, − 1,2 % en 2017), puis remonté de 0,3 à 1,8 % par an, avec un nouveau recul en 2019 (− 0,6 %) : à 89,1 M€ en 2025, elle reste sous son niveau de 2014. En euros courants ; en euros constants, le recul de la dotation est plus marqué.

Et sans l'octroi de mer ? L'arithmétique

Deux calculs, aucune recommandation

Les comptes permettent de poser deux hypothèses d'école, sans dire laquelle est souhaitable ni possible. Population de référence : 364 991 habitants (OFGL 2025).

Si les impôts locaux rapportaient autant qu'en Hexagone
+ 66 M€
À 802 € par habitant au lieu de 620, les impôts locaux passeraient de 226 à 293 M€. L'octroi de mer en apporte 260. Il manquerait encore 194 M€, soit 3,4 fois l'épargne brute des communes (57 M€). Et sur ces 66 M€, la seule taxe foncière sur le bâti n'en fournirait que 26 (593 € contre 523 € par habitant après coefficient correcteur) : le reste est fait de reversements d'intercommunalité et de fiscalité économique.
Si les dépenses étaient celles de l'Hexagone
− 179 M€
À 1 205 € par habitant au lieu de 1 696, les dépenses de fonctionnement passeraient de 619 à 440 M€, dont 154 M€ de personnel en moins (650 € par habitant au lieu de 1 073). Dans cette hypothèse, et avec des impôts locaux au niveau hexagonal, les recettes hors octroi de mer (482 M€) couvriraient les dépenses. C'est le niveau des dépenses, plus que le foncier, que l'octroi de mer finance.

À taille de commune comparable, les deux calculs donnent + 109 M€ (impôts locaux à 919 € par habitant) et − 155 M€ (dépenses à 1 272 €) : il manquerait encore 151 M€ dans le premier cas, 2,7 fois l'épargne brute ; dans le second, les recettes hors octroi de mer couvriraient les dépenses à condition, là aussi, que les impôts locaux soient relevés au niveau comparable. Ces calculs ne disent pas pourquoi les dépenses sont plus élevées ni pourquoi la base foncière est plus étroite : la section suivante rapporte ce qu'en disent les rapports publics, sans trancher.

Ce que les rapports publics en disent

Extraits attribués, cités comme tels. Les chiffres de ces rapports portent sur des années et des périmètres différents de ceux de cette note (2015 à 2023, trois ou cinq DROM, produits de gestion ou recettes réelles) ; ils ne se substituent pas au tableau ci-dessus.

Sur l'octroi de mer · Cour des comptes 2024, CRC 2024
  • « L'octroi de mer représente en moyenne 32 % des produits de gestion des communes des départements et régions d'outre-mer [...]. Il couvre de fait entre 43 et 57 % des dépenses de personnel des communes. » (Cour des comptes, L'octroi de mer, mars 2024, p. 12 ; Martinique : 37 %, de 13 à 58 % selon la commune, p. 66).
  • « La recette contribue ainsi à pallier la faiblesse des produits des impôts directs et finance des charges de fonctionnement structurellement supérieures à celles des communes métropolitaines. » (même rapport, p. 66) ; « cette ressource dynamique constitue néanmoins un facteur peu propice à la maîtrise des dépenses de fonctionnement des communes » (p. 70).
  • « En 2023, les charges de personnel s'élèvent à 1,04 Md€. Elles sont couvertes à 60 % par les recettes de l'octroi de mer. » (Chambres régionales des comptes Antilles-Guyane, synthèse régionale, décembre 2024, p. 20, communes de Guadeloupe, Guyane et Martinique).
  • Le produit est réparti entre les communes de Martinique par une délibération de 1993 : 90 % selon la population, 5 % à parts égales, 5 % selon le potentiel fiscal (Cour des comptes 2024, annexe 12, p. 156).
Sur la base foncière · Cour des comptes 2017 et 2018, Cazeneuve-Patient 2019
  • Les exonérations décidées par les conseils municipaux « représentaient 31 % (Martinique) à 34 % (Guyane, La Réunion) des bases brutes en 2015 » (Cour des comptes, Les finances publiques locales 2017, p. 167).
  • « En Martinique, plus de 60 000 constructions sur sol d'autrui ou sur le domaine public ont été recensées en 2015, soit 25 % des locaux évalués. » (même rapport, p. 169) ; « L'étroitesse des bases fiscales tient essentiellement à un recensement lacunaire et en amélioration lente. » (p. 168).
  • « Les taux de recouvrement des taxes foncières ont par exemple baissé en Guyane (− 3,9 points) et en Martinique (− 5,5 points) entre 2011 et 2016. » (Cour des comptes, référé sur l'impôt outre-mer, mars 2018, p. 6). Le niveau du taux n'est pas publié.
  • « La perte de bases d'imposition, et donc de recettes, peut en partie expliquer l'augmentation des taux qui sont aujourd'hui élevés dans la plupart des communes » (rapport Cazeneuve-Patient, décembre 2019, p. 84) ; « la pauvreté généralement plus élevée a des effets directs et indirects sur le rendement des impôts locaux » (p. 40).
Sur les dépenses de personnel · Cour des comptes 2024, CRC 2024, Sénat 2023
  • Frais de personnel des communes en 2022 : 1 106 € par habitant en Martinique contre 603 € dans l'Hexagone, soit « + 83 % (Martinique) » ; 68 % des dépenses de fonctionnement contre 54 % (Cour des comptes 2024, p. 69, d'après l'OFGL).
  • Trois causes citées ensemble par le Sénat (rapport sur les contrats de redressement outre-mer, juin 2023) : la faible intégration intercommunale, « la majoration des traitements dont bénéficient les fonctionnaires territoriaux en poste en outre-mer » et « des taux d'administration [...] supérieurs à ceux constatés en métropole en raison notamment de politiques d'incitation afin de lutter contre les taux de chômage élevés ».
  • La majoration de traitement est de 40 % en Martinique (loi de 1950 et décret de 1957) ; son surcoût est estimé « entre 20 et 26 % » de la masse salariale (Sénat 2023, d'après la Cour des comptes et la DGFiP) ; « Corrigé d'un tel différentiel, les dépenses de personnels de nombre de communes ultramarines seraient conformes aux standards nationaux. » (Cazeneuve-Patient 2019, p. 32).
  • 42 fonctionnaires territoriaux pour 1 000 habitants en Martinique contre 26 en moyenne nationale (CRC 2024, p. 11) ; « La gestion du personnel demeure le principal motif structurel des déficits. » (p. 4).
Sur la dotation de l'État · Cazeneuve-Patient 2019, Sénat 2020 et 2023
  • « Une DGF par habitant légèrement plus élevée (R6) que la moyenne métropolitaine » (Cazeneuve-Patient 2019, p. 23 : 211 € contre 172 € en 2018), mais « assez comparable » à celle des villes de plus de 10 000 habitants (p. 60).
  • Avant 2020, la quote-part outre-mer était « répartie en fonction de critères peu ou pas péréquateurs » (Sénat, rapport sur le projet de loi de finances pour 2023) ; avec les critères de droit commun, les communes des quatre DROM auraient perçu environ 54 M€ de plus (Sénat, rapport sur le projet de loi de finances pour 2020, article 78).
  • La loi de finances pour 2020 a créé la dotation de péréquation des communes des DROM et engagé un rattrapage sur cinq ans, financé « au sein de l'enveloppe de péréquation interne à la DGF, sans abondement complémentaire de l'État », ce dont les rapporteurs du Sénat « peuvent s'étonner » (PLF 2023).
  • Aucun des rapports consultés ne calcule ce que rapporterait un foncier « remis à niveau » en Martinique, ni ne donne le taux de recouvrement de la taxe foncière en niveau.

D'où vient cette construction : les dates

Les textes ne disent pas pourquoi ; ils disent quand, et quoi. La recette communale s'est construite par strates, et le régime actuel date de 2004.

DateTexteCe qu'il change pour les communes
1670« Droit de poids » sur les marchandises importées en MartiniqueTaxe d'entrée perçue par l'autorité coloniale. Date attestée par le Sénat (2004) et la Cour des comptes (2024), sans texte d'époque consulté.
1819Ordonnance du 1ᵉʳ mars créant l'« octroi aux portes de mer »Devient « une recette ordinaire dans les budgets des communes » de la Martinique (Cour des comptes 2024, p. 32).
1866Sénatus-consulte du 4 juilletLe nom « octroi de mer » apparaît ; le conseil général de la colonie vote les tarifs, la répartition reste au pouvoir central.
1946Loi n° 46-451 du 19 mars (départementalisation)La loi ne mentionne pas l'octroi de mer ; son maintien « à titre transitoire » relève des décrets d'application.
1984Loi n° 84-747 du 2 août, art. 38-39Le conseil régional fixe les taux ; le produit « est réparti suivant les modalités en vigueur », modifiables par décret sur proposition du conseil régional.
1989-1992Décision 89/688/CEE du Conseil, loi n° 92-676 du 17 juillet 1992La Communauté européenne impose de taxer aussi la production locale ; la loi crée la dotation globale garantie « répartie entre les communes » et le fonds régional pour le développement et l'emploi, alimenté par le solde.
2004Décision 2004/162/CE, loi n° 2004-639 du 2 juillet, art. 47-49Régime actuel : dotation globale garantie indexée sur les prix et le PIB, réduite « à due concurrence » si le produit baisse ; solde au FRDE, dont 80 % aux communes au prorata de la population et 20 % à la Collectivité. La loi ne fixe pas les critères de répartition entre communes ; en Martinique, une délibération de 1993 les fixe (90 % population, 5 % à parts égales, 5 % potentiel fiscal).
2017Loi n° 2017-256 du 28 février (égalité réelle outre-mer), art. 140Prélèvement de l'État pour frais d'assiette ramené de 2,5 % à 1,5 %.
2021Décision (UE) 2021/991 du 7 juinAutorise les écarts de taux entre produits importés et locaux « jusqu'au 31 décembre 2027 » ; aucune disposition sur les communes.
2026Proposition COM(2026) 662 de la Commission, 10 septembrePropose de prolonger jusqu'au 31 décembre 2030, avec un rapport au 30 septembre 2028. Le considérant 2 relève que les collectivités locales dépendent fortement de l'octroi de mer (« rely heavily on dock dues »). Ce n'est qu'une proposition au moment de cette note.

Lecture : aucun de ces textes ne motive le choix d'une taxe sur les importations pour financer les communes. La décision européenne de 1989 demande une recette affectée « de manière à y favoriser le plus efficacement possible le développement économique et social », celle de 2004 une affectation « à une stratégie de développement économique et social » ; les lois françaises parlent de « dotation ». Le Conseil constitutionnel a jugé en 2016 que « le produit de l'octroi de mer ne constitue pas une ressource propre des communes de Guyane ».

03

Ce que la base ne dit pas

Sur les mesures
  • « Impôts locaux » est un agrégat composite. Dans la définition de l'OFGL, il contient les taxes foncières, la taxe d'habitation sur les résidences secondaires, la fiscalité économique des communes qui la conservent, et les reversements de l'intercommunalité (attributions de compensation, FPIC, FNGIR). Depuis 2021, il contient aussi la part départementale de la taxe foncière transférée aux communes en compensation de la taxe d'habitation, des deux côtés. La comparaison 2025 porte sur le même périmètre ; l'évolution de la ligne dans le temps est déformée par ce transfert.
  • « Autres impôts et taxes » n'est pas que l'octroi de mer. Sur 290,7 M€, l'octroi de mer fait 260,5 M€ (compte 73431). Le reste, 30,2 M€, c'est surtout la part communale de la taxe sur les carburants (14,8 M€), puis les droits de mutation (6,5 M€), les prélèvements sur les jeux (3,1 M€), la publicité extérieure et l'électricité (2 M€ chacune). La part de 38,5 % rapporte l'octroi de mer des balances aux recettes de fonctionnement de l'OFGL (676,1 M€) ; rapportée aux recettes réelles de fonctionnement des balances (683,8 M€), elle est de 38,1 %, et rapportée aux produits de gestion, dénominateur de la Cour des comptes et de la note Réformer l'octroi de mer, de 38,2 %.
  • L'Hexagone est une moyenne de 34 649 communes, Paris comprise (8,3 Md€ de recettes, 8,7 % du total, 0,1 M€ de DGF). Une commune rurale et une ville de 200 000 habitants n'ont ni la même structure ni les mêmes charges. La note compare des blocs, pas des communes ; hors Paris, les impôts locaux de l'Hexagone sont à 789 € par habitant et la DGF à 186 €. La colonne « à taille comparable » corrige la répartition par taille (Paris et les communes de moins de 500 habitants en sortent), pas les compétences exercées, la géographie ni les charges de centralité de Fort-de-France.
  • Deux populations. Les euros par habitant de l'OFGL utilisent la population totale Insee (364 991 habitants) ; ceux de la DGF utilisent la population DGF, majorée des résidences secondaires (379 977). C'est pourquoi la même dotation vaut 244 € par habitant dans un tableau et 234,5 € dans l'autre.
  • Budget principal seulement. Les budgets annexes (eau, assainissement, ports, régies) sont exclus des deux côtés ; ils feraient gonfler les totaux d'un tiers sans changer les parts.
Sur ce qu'elle ne mesure pas
  • Les intentions. Aucun chiffre ne dit pourquoi le législateur a construit le financement des communes d'outre-mer autour d'une taxe sur les importations. La note donne les dates des textes et ce que les rapports publics avancent ; elle n'attribue pas de motif.
  • Le lien avec les prix. Ce que l'octroi de mer fait au ticket de caisse est traité dans le dossier L'octroi de mer décodé ; cette note s'arrête aux comptes des communes.
  • La décomposition des charges. La majoration de traitement, le nombre d'agents, les compétences exercées par les communes plutôt que par l'intercommunalité : les comptes donnent le total du personnel, pas ses causes. Les rapports cités en avancent une partie, avec des estimations qui datent de 2017 à 2023.
  • Ce que rapporterait un cadastre complet. Personne ne l'a chiffré pour la Martinique. Les 60 000 constructions sur sol d'autrui de 2015 sont taxées à l'occupant dans des conditions que la Cour des comptes juge « irrégulières », et elle estime que 30 % de ces taxations portent sur des biens dont le propriétaire réel est l'État (référé de 2018, p. 4).
  • La suite. La décision européenne qui autorise les écarts de taux de l'octroi de mer court jusqu'au 31 décembre 2027 ; la Commission a proposé le 10 septembre 2026 de la prolonger jusqu'en 2030, sans disposition sur le financement des communes. Ce que deviendrait ce financement si la taxe était réformée n'est écrit nulle part au moment de cette note ; les pistes évoquées le 18 septembre 2026 lors de la journée de la Collectivité sont rapportées dans la note Réformer l'octroi de mer : que disent les chiffres ?.
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Ce qu'il faut retenir

Les communes de Martinique ne sont ni moins dotées par l'État ni moins pourvues en recettes que celles de l'Hexagone : elles encaissent 434 € de plus par habitant (361 € à taille de commune comparable), et leur DGF est supérieure de 64 €. Elles dépensent aussi 491 € de plus par habitant, dont 423 € de personnel (424 € et 321 € à taille comparable), investissent moins et dégagent une épargne brute de 156 € par habitant contre 213. Entre les deux, l'octroi de mer : 714 € par habitant, 38,5 % des recettes, une ressource qui a progressé de moitié en douze ans sans jamais reculer, pendant que la dotation de l'État reculait. Le foncier bâti rapporte déjà presque autant qu'en Hexagone, avec un taux de 8 points plus élevé sur une base plus étroite d'un cinquième : il n'y a pas de réserve foncière qui remplacerait l'octroi de mer. Des impôts locaux au niveau hexagonal n'en couvriraient qu'un quart ; c'est le niveau des dépenses, personnel en tête, que l'octroi de mer finance. Pourquoi ces dépenses sont ce qu'elles sont, les comptes ne le disent pas ; les rapports publics en donnent des raisons, cités ici comme tels.

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À propos de cette note

Origine et méthode

Note réalisée en septembre 2026, relue avant publication le 6 octobre, avec un assistant d'intelligence artificielle pour la recherche des sources, la rédaction et les graphiques, sous la direction éditoriale de son auteur, qui a vérifié les chiffres à la source, relu et corrigé le texte et en assume la responsabilité. Elle répond à une question de lecteur et prolonge le dossier L'octroi de mer décodé et la note Réformer l'octroi de mer : que disent les chiffres ?. Base : comptes des communes de l'OFGL (agrégats calculés sur les balances DGFiP, budget principal, 2018-2025, sommés par département), balances comptables des communes (data.economie.gouv.fr, 2014-2025) pour l'octroi de mer et la DGF, fichier REI de la fiscalité directe locale 2025 (OFGL), critères de répartition de la DGF 2024-2026 (OFGL). Les parts, les montants par habitant et les deux calculs de la section arithmétique sont des calculs de l'auteur, reproductibles avec le pipeline public du site. Ce n'est pas un document officiel.

Limites

  • Les agrégats OFGL des communes commencent en 2018 ; la série 2014-2025 vient des balances, avec un changement de nomenclature (M14 vers M57) en cours de période.
  • Paris est conservée dans le bloc Hexagone (une commune, mais aussi un département) ; les valeurs hors Paris sont données en section 03.
  • La colonne « à taille comparable » repose sur les onze tranches de population de l'OFGL, dont sept sont présentes en Martinique ; elle ne corrige que la taille des communes.
  • Les hypothèses de la section arithmétique sont des calculs à structure constante ; elles ne tiennent compte ni des charges réglementaires propres aux DROM ni des compétences exercées.
  • Les bases exonérées du REI ne sont pas comparables entre la Martinique et l'Hexagone (secret statistique sur la moitié des communes hexagonales) ; le taux de recouvrement de la taxe foncière n'est pas publié.
  • Les textes préparés avec un assistant IA peuvent contenir des erreurs ou des simplifications, malgré la relecture dont cette note a fait l'objet.

Citer ce dossier

Mondésir, Jean-Christophe. Communes de Martinique : des recettes plus élevées que dans l'Hexagone, des dépenses aussi. Décryptaj', collection Analyse indépendante, édition 2026-10. https://decryptaj.com/communes-recettes-depenses/

Édition 2026-10, publiée le . Le contenu de cette page ne change qu'avec une nouvelle édition, signalée par un erratum ci-dessous : citez l'adresse et l'édition.

Contenu publié sous licence CC BY 4.0 : reprise et adaptation libres avec attribution.

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