En dix ans, la Martinique a gagné 30 000 habitants de 60 ans et plus et en a perdu 21 000 au total. Ce dossier rassemble ce que les statistiques publiques mesurent : combien de personnes âgées, avec quels revenus, où elles vivent, combien de places existent en établissement, ce que cela coûte et qui le finance. Il s'appuie aussi sur l'enquête que la chambre régionale des comptes a publiée en octobre 2026 sur sept Éhpad et un service à domicile.
Méthode Chiffres issus des sources publiques citées, vérifiés par l'auteur. Méthode, transparence et limites en fin de document →
En 1990, la Martinique était plus jeune que l'Hexagone : 13 % de ses habitants avaient 60 ans ou plus, contre 19 %. En 2015, les deux parts étaient égales, à 24,8 %. Dix ans plus tard, la Martinique est à 34,6 % et l'Hexagone à 28,3 %. Le graphique suit cette part depuis 1990.
| 1ᵉʳ janvier | Martinique | Guadeloupe | La Réunion | Hexagone |
|---|
Lecture : la Guadeloupe suit la même pente avec deux points de moins (32,6 % en 2025). La Réunion reste nettement plus jeune (22,5 %). Source : Insee, estimations de population par département et âge, données actualisées le 23 décembre 2025 ; parts calculées par l'auteur à partir des tranches d'âge quinquennales.
Le vieillissement martiniquais tient à deux mouvements simultanés. Le nombre de personnes âgées augmente : 47 441 habitants de 60 ans et plus en 1990, 124 532 en 2025. Le nombre de jeunes diminue : 124 866 habitants de moins de 20 ans en 1990, 73 197 en 2025. Les 20-59 ans, qui étaient 207 712 en 2010, sont 161 690 en 2025.
Depuis 2021, la Martinique compte plus d'habitants de 65 ans et plus que de jeunes de moins de 20 ans. Ce rapport, appelé indice de vieillissement, vaut 126 en 2025 ; il était de 27 en 1990.
La pyramide des âges montre où se logent ces deux mouvements. Les générations les plus nombreuses avaient 45 à 59 ans en 2015 (92 122 personnes) ; elles ont 55 à 69 ans en 2025 (89 566). Celles qui les suivent sont moins nombreuses : les 40-49 ans sont 38 622 en 2025, contre 57 723 en 2015. À la base, les moins de 20 ans passent de 92 633 à 73 197.
| Âge | Hommes 2015 | Femmes 2015 | Hommes 2025 | Femmes 2025 |
|---|
Lecture : en 2025, la Martinique compte 17 214 femmes et 14 736 hommes de 60 à 64 ans, contre 13 671 et 11 375 en 2015. À 75 ans et plus, les femmes sont 24 307 sur 41 441 habitants, soit 59 %. Les tranches de 90 à 94 ans et de 95 ans et plus sont regroupées. Source : Insee, estimations de population par département, sexe et âge quinquennal, données actualisées le 23 décembre 2025.
Au 1ᵉʳ janvier 2026, la Martinique est « pour la quatrième année consécutive » la région française où la part des 60 ans et plus est la plus élevée, écrit l'Insee dans son bilan démographique de mars 2026. Le classement change si l'on compare les départements : la Martinique est alors 29ᵉ sur 101 en 2025, loin derrière le Lot (40,6 %) ou la Creuse. Une trentaine de départements de l'Hexagone sont plus âgés qu'elle.
Le classement change aussi avec l'âge retenu. Pour les 65 ans et plus (25,8 %), la Martinique est 3ᵉ région en 2025. Pour les 75 ans et plus (11,5 %), elle est 9ᵉ région, proche de la moyenne de l'Hexagone (10,9 %). La population âgée martiniquaise est encore composée en majorité de « jeunes seniors » : deux personnes de 60 ans et plus sur trois ont moins de 75 ans.
| Indicateur, 1ᵉʳ janvier 2025 | Martinique | Guadeloupe | Hexagone | Source |
|---|---|---|---|---|
| Part des 60 ans et plus | 34,6 % | 32,6 % | 28,3 % | Insee, estimations de population, calcul |
| Même part en 2015 | 24,8 % | 22,5 % | 24,8 % | idem |
| Part des 65 ans et plus | 25,8 % | 24,2 % | 22,1 % | idem |
| Part des 75 ans et plus | 11,5 % | 10,9 % | 10,9 % | idem |
| Part des moins de 20 ans | 20,4 % | 21,8 % | 22,5 % | idem |
| 65 ans et plus pour 100 moins de 20 ans | 126,5 | 111,1 | 98,1 | idem |
Trois mécanismes se cumulent : des naissances moins nombreuses, des départs plus nombreux que les arrivées jusqu'au début des années 2020, et une vie plus longue.
| Année | Naissances | Décès | Solde naturel |
|---|
Lecture : les naissances passent de 4 888 en 2010 à 2 898 en 2024, puis 2 920 en 2025. Les décès passent de 2 843 à 3 732. Les deux courbes se croisent en 2020. Le pic de décès de 2021 (4 642) correspond à la vague de Covid-19 aux Antilles. Source : Insee, statistiques de l'état civil, Insee Flash Martinique n° 232, mars 2026.
L'Insee décompose l'évolution de la population en deux parts : le solde naturel (naissances moins décès) et le solde apparent des entrées et des sorties. Le tableau donne ces deux parts sur trois périodes.
| Variation annuelle moyenne | Martinique | dont solde naturel | dont entrées et sorties | Guadeloupe | Hexagone |
|---|---|---|---|---|---|
| 2012-2017 | − 0,8 % | + 0,3 | − 1,1 | − 0,7 % | + 0,4 % |
| 2017-2023 | − 0,5 % | 0,0 | − 0,5 | − 0,3 % | + 0,4 % |
| 2023-2026 (provisoire) | − 0,2 % | − 0,2 | 0,0 | − 0,1 % | + 0,3 % |
Lecture : entre 2012 et 2017, la Martinique perdait 0,8 % de ses habitants par an : les départs l'emportaient sur un solde naturel encore positif. Depuis 2023, selon les estimations provisoires, la baisse est de 0,2 % par an et tient entièrement au déficit des naissances sur les décès. Ces estimations ont été révisées à la hausse fin 2025, après le recensement de 2023 : la population au 1ᵉʳ janvier 2025 est passée de 355 500 à 359 419 d'une édition à l'autre. Le solde des entrées et des sorties est un résidu de calcul, pas un comptage des départs et des arrivées. Source : Insee, évolution de la population par département 2012-2026.
À 60 ans, un homme vivant en Martinique peut espérer vivre encore 23,6 ans, une femme 27,8 ans (2025, provisoire). C'est presque autant que dans l'Hexagone (23,9 et 28,0 ans). En 2000, ces durées étaient de 20,7 et 25,1 ans. L'écart avec l'Hexagone se joue avant 60 ans : l'espérance de vie à la naissance des hommes est de 77,5 ans en Martinique contre 80,4 ans.
La dernière projection de l'Insee (Omphale 2022, scénario central) annonce 50 570 habitants de 75 ans et plus en 2030, 68 840 en 2040 et 76 000 en 2050. Les 85 ans et plus passeraient de 15 880 en 2030 à 32 230 en 2050. Dans cette projection, la Martinique devient le département le plus âgé de France au plus tard en 2040.
Limite à connaître : cette projection, construite avant le recensement de 2023, annonçait 339 210 habitants en 2025. L'estimation en vigueur est de 359 419, soit 20 200 de plus. L'écart porte sur les moins de 60 ans : le nombre de 60 ans et plus projeté pour 2025 (123 770) est presque exactement celui observé (124 532). Les effectifs de personnes âgées projetés sont donc plus sûrs que les parts dans la population, et que la population totale annoncée pour 2050 (243 650). Ce dossier cite les effectifs.
Le taux de pauvreté mesure la part des personnes dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian de l'Hexagone. En Martinique, il est de 26,8 % pour l'ensemble de la population (revenus 2021), contre 14,9 % dans l'Hexagone. Le graphique le détaille selon l'âge du référent fiscal du ménage.
| Âge du référent | Martinique | La Réunion | Hexagone |
|---|
Lecture : dans l'Hexagone, les ménages âgés sont moins souvent pauvres que l'ensemble de la population (11 % contre 14,9 %). En Martinique, les 60-74 ans le sont un peu moins que l'ensemble (22,4 % contre 26,8 %), mais les 75 ans et plus le sont davantage (29,3 %). L'écart avec l'Hexagone est de 1,8 fois pour l'ensemble de la population et de 2,7 fois pour les 75 ans et plus.
La source, le fichier Filosofi de l'Insee, ne couvre que les ménages vivant en logement ordinaire : les résidents d'Éhpad n'y figurent pas. L'âge est celui du référent fiscal du ménage, pas celui de chaque personne. Enfin, la dernière année disponible pour la Martinique est 2021 : le millésime 2023 n'a pas été diffusé pour ce territoire, et la Guadeloupe n'est pas couverte par les fichiers 2018 à 2021. La comparaison avec la Guadeloupe est donc impossible sur ce point.
Entre 65 et 79 ans, on vit plus souvent seul en Martinique que dans l'Hexagone : 35,4 % contre 29,3 % en 2023. Cette part était de 29,2 % en 2012. Après 80 ans, c'est l'inverse : 42,6 % en Martinique contre 48,5 % dans l'Hexagone. Mais la part martiniquaise augmente (38,1 % en 2012), alors que celle de l'Hexagone est stable.
Ces parts portent sur la population des ménages, hors établissements. Elles mesurent le fait d'habiter seul, pas l'isolement : aucune statistique publique par département ne mesure la fréquence des contacts avec les proches. Source : Insee, recensements 2012 et 2023.
En Martinique, la très grande majorité des personnes âgées vit à domicile, y compris aux grands âges. Selon le recensement de 2023, 96,5 % des 75 ans et plus habitent un logement ordinaire, contre 91,6 % dans l'Hexagone. Après 85 ans, l'écart se creuse : 93,9 % contre 81,9 %.
La catégorie « établissement » du recensement regroupe les maisons de retraite et les services de moyen et long séjour ; elle ne correspond pas exactement aux Éhpad. Parts calculées par l'auteur sur le tableau détaillé du recensement 2023.
L'allocation personnalisée d'autonomie (APA) finance l'aide dont une personne de 60 ans ou plus a besoin lorsqu'elle perd son autonomie, chez elle ou en établissement. Fin 2024, la collectivité territoriale de Martinique la verse à 10 691 personnes : 9 202 à domicile et 1 489 en établissement.
| Allocation d'autonomie, fin 2024 | Martinique | Guadeloupe | La Réunion | Hexagone | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Bénéficiaires | 10 691 | 5 885 | 18 181 | 1 356 871 | Drees, enquête Aide sociale |
| Part à domicile | 86,1 % | 88,3 % | 93,2 % | 59,0 % | idem, calcul |
| Bénéficiaires pour 100 personnes de 75 ans et plus | 25,8 | 14,1 | 32,2 | 18,7 | Drees, indicateurs sociaux départementaux |
| Même ratio en 2015 | 26,8 | 25,9 | 38,8 | 20,6 | idem |
Lecture : le ratio rapporte tous les bénéficiaires, qui ont 60 ans ou plus, à la population de 75 ans et plus. Il ne signifie pas que 25,8 % des 75 ans et plus touchent l'allocation. Il sert à comparer les territoires. La Martinique est au-dessus de l'Hexagone et très au-dessus de la Guadeloupe, dont le ratio a été presque divisé par deux depuis 2015 (25,9 puis 14,1) : la statistique ne dit pas pourquoi.
L'enquête Vie quotidienne et santé de la Drees (2021) interroge les habitants sur l'aide reçue et l'aide apportée. En Martinique, 24,3 % des 60 ans et plus déclarent recevoir l'aide de leur entourage : c'est le 2ᵉ rang des 101 départements, dont la valeur médiane est de 16,7 %. Et 19,1 % des 25-59 ans déclarent aider un proche dans la vie quotidienne, premier rang, pour une médiane de 10,5 %.
Limites : enquête par questionnaire court, déclarative ; « proche » ne désigne pas seulement une personne âgée, il peut s'agir d'une personne handicapée. L'enquête mesure un niveau en 2021 et ne dit rien de son évolution. Le rang est calculé par l'auteur sur les 101 départements du fichier.
Onze services de soins infirmiers à domicile couvrent la Martinique, avec 468 places. Ce nombre n'a pas changé depuis 2018, alors que la population de 75 ans et plus a augmenté : le taux est passé de 13,1 places pour 1 000 personnes de 75 ans et plus en 2015 à 10,9 en 2025. Dans l'Hexagone, il est de 17,2 ; en Guadeloupe, de 17,5.
Le fichier national des établissements (Finess) recense par ailleurs 66 services d'aide à domicile en mai 2026 : 43 associations, 20 sociétés commerciales, 2 centres communaux d'action sociale et 1 comité d'entreprise. L'accueil de jour progresse : 156 places fin 2025, contre 40 en 2015.
Un Éhpad est un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes : il loge, accompagne et soigne. La Martinique en compte 25. Le nombre de places a augmenté de 480 en dix ans. Rapporté à la population de 75 ans et plus, le taux d'équipement est passé de 39,6 places pour 1 000 en 2015 à 45,1 en 2018. Depuis, cette population augmente plus vite que les places : le taux est de 42,5 fin 2025.
| Année | Martinique, places | Martinique, taux | Guadeloupe, taux | La Réunion, taux | Hexagone, taux |
|---|
Lecture : le taux martiniquais (42,5) est environ la moitié du taux de l'Hexagone (81,0), et le plus élevé des quatre départements d'outre-mer comparés : 30,2 en Guadeloupe, 28,6 à La Réunion, 25,4 en Guyane. Dans l'Hexagone, le taux recule depuis 2017 (99,7 puis 81,0) : le nombre de places y est stable et la population âgée augmente. Les « places installées » comptent aussi l'hébergement temporaire et l'accueil de jour des Éhpad : 1 747 places d'hébergement permanent sur 1 832. Source : Drees, panorama statistique, d'après Finess.
Places d'hébergement permanent installées, d'après le fichier Finess de mai 2026 ; total 1 747. Le classement par statut est établi par l'auteur à partir du statut juridique du gestionnaire. L'enquête EHPA de la Drees, à fin 2023, compte 26 Éhpad et quatre établissements publics non hospitaliers : l'écart d'une structure entre les deux sources n'est pas élucidé.
Deux autres types d'hébergement existent pour les personnes âgées, et leur capacité diminue en Martinique. Les unités de soins de longue durée, à l'hôpital, comptaient 141 lits en 2015 et 89 en 2024. Les résidences autonomie, des logements pour personnes âgées valides, comptaient 56 places en 2015 et 20 en 2025, dans une seule résidence. Dans l'Hexagone, les résidences autonomie offrent 118 637 places.
La facture d'un résident comprend un tarif d'hébergement et un tarif de dépendance ; les soins sont payés par l'assurance maladie. La chambre régionale des comptes a relevé les tarifs 2024 de sept Éhpad. Pour une chambre seule sur une place ouverte aux bénéficiaires de l'aide sociale, la facture mensuelle va de 2 381 € à 2 609 €. Sur une place qui ne l'est pas, elle va de 3 180 € à 3 465 € dans le tableau de la chambre, dont le texte retient pourtant un maximum de 3 239 €. La chambre rapproche ces montants du niveau de vie médian martiniquais, 1 648 € par mois (revenus 2021).
Les prix déclarés par les établissements à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) vont dans le même sens. Sur les 18 Éhpad martiniquais qui ont déclaré un tarif pour ces places (19 déclarants sur 25), le prix médian d'une place ouverte à l'aide sociale est de 77,75 € par jour fin 2025, contre 66,65 € dans l'Hexagone avec la même méthode de calcul.
Ces médianes sont calculées par l'auteur sur des déclarations brutes, que la CNSA ne retraite pas ; six Éhpad martiniquais, dont le plus grand, n'ont pas déclaré. La CNSA ne publie aucune valeur officielle pour la Martinique. Le reste à charge réel des résidents, une fois les aides déduites, n'est publié pour aucun département.
La chambre a aussi calculé le coût de revient d'une place : les charges d'exploitation de l'établissement rapportées au nombre de places. Il va de 57 554 € à 101 487 € par an selon l'établissement, alors que la facture adressée au résident représente 28 577 € à 37 447 € par an. L'écart, de 28 000 à 70 000 € par place, relève des financements publics des soins et de la dépendance ; la chambre constate qu'ils ne suffisent pas à équilibrer les comptes de plusieurs établissements (section 07).
| Éhpad | Facturé au résident, par an | Coût de revient, par an | Écart |
|---|
Lecture : selon la CNSA, citée par la chambre, le coût moyen d'une place en 2023 est de 54 684 € dans les Éhpad publics et privés non lucratifs. Les sept établissements contrôlés sont tous au-dessus. La chambre l'explique notamment par la présence d'unités d'hébergement renforcé dans cinq d'entre eux et par des surcoûts liés à l'insularité, qu'elle ne chiffre pas. Source : chambre régionale des comptes de Martinique, tableau n° 6 ; ces sept Éhpad ne représentent pas l'ensemble du département.
Trois financeurs se partagent la prise en charge du grand âge. L'assurance maladie paie les soins. La collectivité territoriale de Martinique (CTM), qui exerce les compétences d'un département, paie la dépendance par l'allocation d'autonomie, et l'hébergement des résidents qui ne peuvent pas le payer, par l'aide sociale à l'hébergement. Le résident et sa famille paient le reste.
| Année | Allocation d'autonomie (M€) | dont domicile | dont établissement | Aide sociale à l'hébergement (M€) | Part des dépenses de fonctionnement |
|---|
Lecture : l'allocation d'autonomie passe de 64,9 M€ en 2019 à 89,9 M€ en 2025, avec des à-coups : 67,6 M€ en 2022, 85,1 M€ en 2023, 78,7 M€ en 2024. Les comptes enregistrent des paiements, pas des droits : un décalage d'un exercice sur l'autre est possible, et une année isolée ne se commente pas. L'aide sociale à l'hébergement est stable. Ensemble, les deux aides représentent 10,5 % à 11,7 % des dépenses de fonctionnement de la collectivité selon les années, sans tendance nette. Source : DGFiP, balances comptables des collectivités, comptes 65114 (allocation d'autonomie) et 65243 (frais de séjour en établissement pour personnes âgées) ; dépenses de fonctionnement d'après l'OFGL.
Ces montants ne sont pas un coût complet. La collectivité n'impute aucune dépense de personnel dans les rubriques « personnes âgées » et « allocation d'autonomie » de ses comptes : les agents qui instruisent les dossiers sont comptés ailleurs. Pour situer l'ordre de grandeur, les allocations de revenu de solidarité active versées par la même collectivité s'élèvent à 204,6 M€ en 2025.
| Par habitant de 75 ans et plus, 2024 | Martinique | Rang sur 98 | Guadeloupe | Hexagone | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Allocation d'autonomie, total | 1 972 € | 2ᵉ | 1 251 € | 1 005 € | Drees, Insee, calcul |
| dont à domicile | 1 666 € | 2ᵉ | 1 124 € | 598 € | idem |
| dont en établissement | 302 € | 83ᵉ | 127 € | 390 € | idem |
| Aide sociale à l'hébergement, après récupérations | 613 € | 2ᵉ | 523 € | 167 € | idem |
Lecture : par habitant de 75 ans et plus, la Martinique verse près de deux fois plus d'allocation d'autonomie que l'Hexagone, et plus de trois fois et demie plus d'aide sociale à l'hébergement. La dépense par bénéficiaire, elle, est proche de celle de la Guadeloupe (7 650 € contre 8 473 € en 2024, selon la Drees) : l'écart par habitant vient d'abord du nombre de bénéficiaires. Les rangs sont calculés par l'auteur sur 98 collectivités ; La Réunion est première pour l'allocation d'autonomie (3 312 €), la Guyane pour l'aide sociale à l'hébergement (801 €). Pour la Martinique, la série de l'allocation en établissement change de périmètre en 2024 (233 € et 93ᵉ rang en 2023). Les montants de la Drees reprennent la comptabilité des départements : ils ne constituent pas un contrôle indépendant.
L'État compense une partie de l'allocation d'autonomie par des concours de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Pour 2024, la notification définitive retient 73,6 M€ de dépenses pour la Martinique et 27,0 M€ de concours, soit 37 %. Pour la Guadeloupe, 49,3 M€ de dépenses et 23,6 M€ de concours, soit 48 %. Pour l'ensemble des départements, 43 %.
Sur les 103 collectivités de la notification, la Martinique a le 9ᵉ taux le plus bas (calcul de l'auteur). De 2019 à 2023, d'après le portail de données de la CNSA, son taux est resté entre 37,5 % et 40,0 %, chaque année en dessous de celui de la Guadeloupe. Deux réserves. La CNSA retient des dépenses inférieures de 5 à 15 M€ par an à celles des comptes de la collectivité, écart que les documents consultés n'expliquent pas. Et depuis 2025, les concours sont fusionnés en un « concours unique personnes âgées » : sur un périmètre élargi, la CNSA calcule pour 2024 un taux de couverture de 45 % pour la Martinique, 51 % pour la Guadeloupe et 50 % pour l'ensemble.
Les crédits d'assurance maladie attribués aux établissements et services pour personnes âgées de Martinique s'élèvent à 65,4 M€ en 2024, contre 40,9 M€ en 2019. Rapportés à la population de 75 ans et plus retenue par la CNSA, cela représente 1 741 € par personne, contre 2 314 € pour l'ensemble des départements : la Martinique est 93ᵉ sur 100.
Ces crédits financent surtout des places d'établissement et de services de soins, et la Martinique a deux fois moins de places d'Éhpad que l'Hexagone par personne âgée (section 05). Les deux constats sont à rapprocher, sans que les données publiées permettent de mesurer le lien. Le portail de la CNSA ne documente pas précisément ce que couvre ce champ, et les dotations de soins des seuls Éhpad ne sont pas publiées par département.
L'aide sociale à l'hébergement est une avance : la collectivité peut en récupérer une partie auprès du bénéficiaire, de ses enfants ou sur sa succession. Les comptes de la CTM enregistrent à ce titre 0,6 à 1,8 M€ par an entre 2021 et 2025, soit 2 % à 7 % des frais de séjour versés. Le plan comptable ne distingue pas les successions des participations des familles.
La chambre régionale des comptes de Martinique a publié en octobre 2026 une enquête intitulée « Vieillir en Martinique : le défi de la prise en charge en Éhpad ». Elle synthétise huit contrôles : les Éhpad Floréa-Étang Z'abricot, L'Espace Gran Moun et L'Oasis à Fort-de-France, Bethléem à Schœlcher, L'Orchidée au Lamentin, ceux des centres hospitaliers du Prêcheur et du François, et le service à domicile Alliance à Rivière-Pilote. Ses constats portent sur ces huit structures, choisies pour la diversité de leurs statuts ; la chambre précise que l'échantillon n'est pas exhaustif.
Le budget d'un Éhpad est divisé en trois sections : soins, dépendance, hébergement. Sur les exercices 2021 à 2024, la chambre compte 19 exercices déficitaires en hébergement, 15 en dépendance et 3 en soins. Les déficits se concentrent dans les Éhpad rattachés à un hôpital ; les Éhpad privés commerciaux sont, selon elle, proches de l'équilibre. Rapporté au nombre de places, le résultat va d'un excédent de 4 705 € par place (Gran Moun, 2022) à un déficit de 25 166 € par place (Le Prêcheur, 2023).
Deux structures privées de l'échantillon, l'Éhpad L'Orchidée et le service Alliance, ont été placées en redressement judiciaire et exécutent un plan de continuation. Dans le secteur public, les déficits des Éhpad rattachés sont absorbés par l'hôpital dont ils dépendent.
Depuis 2017, les Éhpad doivent signer avec l'agence régionale de santé et la collectivité un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens, qui remplace les anciennes conventions. Aucun des sept Éhpad contrôlés n'en a un, et un seul a été signé dans toute la Martinique. Les anciennes conventions sont échues depuis quatre à seize ans selon l'établissement. La chambre note que cette absence prive les établissements de financements conditionnés au contrat. Elle rapporte les explications des deux autorités : la collectivité invoque des contraintes budgétaires qui ne lui permettent pas de s'engager sur plusieurs années, l'agence régionale de santé indique travailler à une contractualisation à partir de 2027.
La chambre relève aussi un recours fréquent de la collectivité à la « tarification d'office », procédure prévue lorsque l'établissement ne transmet pas ses comptes à temps. Selon la collectivité, citée par la chambre, les sept Éhpad ont transmis 18 de leurs 28 comptes annuels attendus entre 2021 et 2024, et 3 sur 7 pour 2024. Elle note enfin que ni la collectivité ni l'agence n'ont mené de contrôle sur place dans plusieurs des établissements examinés.
La chambre juge la qualité de la prise en charge « satisfaisante mais perfectible » : des locaux adaptés dans l'ensemble, des équipes présentes, une animation qu'elle qualifie de point fort. Elle relève en revanche l'absence fréquente d'évaluation, des événements indésirables graves rarement déclarés aux autorités, des projets d'accompagnement peu personnalisés et des conseils de la vie sociale peu associés aux décisions.
Les résidents des Éhpad martiniquais sont en moyenne plus dépendants qu'ailleurs : l'indicateur qui mesure le niveau de dépendance (le GIR moyen pondéré) est de 771,57 en Martinique en 2025, pour une moyenne des départements de 748 selon la CNSA.
La chambre a mené une enquête de satisfaction auprès des résidents, des familles et des professionnels. Elle en donne les résultats (résidents « très satisfaits » à près de 80 % ; familles recommandant l'établissement à 55 % à 100 % selon le lieu) et en fixe elle-même la limite : l'enquête est « difficilement représentative », et 83 % des réponses des résidents ont été rédigées avec l'aide d'un proche ou d'un soignant.
En recoupant le rapport avec les sources qu'il cite, cinq chiffres de cadrage s'avèrent mal étiquetés ou dépassés. Ce dossier leur substitue la valeur de la source d'origine.
| Ce qu'écrit le rapport | Ce que donne la source d'origine |
|---|---|
| « La part des 65 ans et plus est […] 35 % » (p. 10) | 35 % est la part des 60 ans et plus (34,6 % au 1ᵉʳ janvier 2025). Les 65 ans et plus représentent 25,8 %. Une note du rapport (p. 9) donne d'ailleurs la bonne tranche d'âge (Insee, estimations de population) |
| « 1 990 places en Éhpad » ; 16,6 places pour 1 000 personnes de 60 ans et plus contre 39,3 en France (p. 11-12) | Ces valeurs couvrent tous les établissements pour personnes âgées, centres de jour compris (1 993 places). Les Éhpad seuls comptent 1 758 places fin 2024, soit 14,6 pour 1 000 contre 32,5 (CNSA, Drees) |
| Un « taux d'habilitation à l'ASH » (aide sociale à l'hébergement) de 84 % contre 14,8 %, deuxième de France (p. 13) | L'indicateur de la Drees est un nombre de bénéficiaires pour 100 places, pas un taux d'habilitation. Il a été révisé à 68,9 pour 2023, et vaut 54,3 pour 2024 ; la Martinique n'est plus deuxième |
| 364 348 habitants « au 1ᵉʳ janvier 2026 », en baisse de 0,7 % par an (p. 9) | 364 348 est la population légale au 1ᵉʳ janvier 2023. L'estimation pour 2026 est de 358 818, et la baisse de 0,2 % par an depuis 2023 (Insee, données révisées fin 2025) |
| 32 % des 75 ans et plus sous le seuil de pauvreté en 2020 (p. 13) | 29,0 % en 2020 et 29,3 % en 2021 (Insee, Filosofi) ; l'origine du chiffre de 32 % n'a pas été retrouvée |
Ces écarts ne changent pas le sens des constats de la chambre : moins de places que dans l'Hexagone, une population âgée plus pauvre, un recours massif à l'aide sociale. Ils en changent l'ordre de grandeur. Sur l'aide sociale à l'hébergement, le nombre de bénéficiaires déclaré à la Drees passe de 1 583 fin 2022 à 1 051 fin 2024 alors que la dépense de la collectivité reste stable : cette baisse d'un tiers n'est expliquée par aucune des sources consultées et se lit avec prudence.
| L'idée reçue | Ce que montrent les chiffres vérifiés |
|---|---|
| « La Martinique est le territoire le plus âgé de France » | C'est la région où la part des 60 ans et plus est la plus élevée (34,6 %). Parmi les départements, elle est 29ᵉ, et 9ᵉ région pour les 75 ans et plus (section 01) |
| « Un Martiniquais sur trois a plus de 65 ans » | Un sur trois a 60 ans ou plus. Les 65 ans et plus sont un sur quatre (25,8 %), les 75 ans et plus un sur neuf (11,5 %) (section 01) |
| « La population s'effondre » | Elle a baissé de 5,6 % en dix ans, mais la baisse ralentit : 0,8 % par an entre 2012 et 2017, 0,2 % par an depuis 2023 selon les estimations provisoires (section 02) |
| « Les jeunes partent, c'est pour cela que l'île vieillit » | Les départs expliquent la baisse des années 2010. Depuis 2023, le solde des entrées et des sorties est estimé à zéro : la baisse vient de l'écart entre 2 920 naissances et 3 732 décès (section 02) |
| « La solidarité familiale a disparu » | La seule mesure disponible, en 2021, place la Martinique au premier rang des départements pour l'aide apportée par les 25-59 ans à un proche. Elle ne dit rien de l'évolution (section 04) |
| « Il n'y a pas de places en Éhpad en Martinique » | 1 832 places, 480 de plus qu'en 2015. Le taux pour 1 000 personnes de 75 ans et plus est la moitié de celui de l'Hexagone, et le plus élevé des départements d'outre-mer comparés (section 05) |
| « L'Éhpad est hors de prix » | 2 381 à 3 239 € par mois dans sept établissements, pour un niveau de vie médian de 1 648 €. Selon l'établissement, cette facture couvre entre 30 % et un peu plus de la moitié du coût de revient d'une place, qui va de 57 554 à 101 487 € par an (section 05) |
| « La collectivité ne fait rien pour les personnes âgées » | 116 M€ en 2025, 11,7 % de ses dépenses de fonctionnement ; 2ᵉ rang des départements pour l'allocation d'autonomie par habitant de 75 ans et plus (section 06) |
| « L'État compense ces dépenses » | La caisse nationale a couvert 37 % de l'allocation d'autonomie de la Martinique en 2024, l'un des dix taux les plus bas (section 06) |
Ce dossier ne dit pas ce qu'il faudrait faire. Il établit trois faits que toute politique du grand âge en Martinique rencontre : selon la projection de l'Insee, le nombre de personnes de 75 ans et plus va presque doubler en vingt-cinq ans ; l'essentiel de la prise en charge repose aujourd'hui sur le domicile et sur les proches, alors que le nombre des 20-59 ans diminue ; et la dépense publique correspondante est déjà parmi les plus élevées de France par personne âgée, pour une compensation nationale parmi les plus faibles.
Ce document a été réalisé en octobre 2026, après la publication par la chambre régionale des comptes de Martinique de son enquête sur les Éhpad, avec un assistant d'intelligence artificielle pour la recherche des sources, la rédaction et les graphiques, sous la direction éditoriale de son auteur, qui a vérifié les chiffres à la source, relu et corrigé le texte, en assume la responsabilité et a fixé la ligne : neutralité, objectivité, pédagogie. Ce n'est pas un document officiel : il n'émane ni de l'Insee, ni de la Drees, ni de la chambre régionale des comptes, ni d'aucune administration. Les jugements qui y figurent sont attribués à leurs auteurs ; les calculs originaux (parts, ratios, rangs, évolutions) sont signalés et reproductibles à partir des sources citées.
Mondésir, Jean-Christophe. Vieillir en Martinique. Décryptaj', collection Analyse indépendante, édition 2026-10. https://decryptaj.com/vieillir-en-martinique/
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