Combien d'entreprises, de quelle taille, dans quels secteurs ; ce qu'elles produisent et ce qu'elles vendent ; qui elles emploient ; combien naissent et disparaissent chaque année. Un portrait du tissu économique guadeloupéen, chiffres officiels à l'appui, avec à la fin de chaque section un tableau qui le met en regard de la Martinique et de la France entière.
Méthode Chiffres issus des sources publiques citées, vérifiés par l'auteur. Méthode, transparence et limites en fin de document →
Le premier fait du tissu guadeloupéen est le même qu'en Martinique : une pulvérisation en structures d'une seule personne. Mais la proportion est ici celle de la France entière, et non un degré au-dessus. Le graphique ci-dessous lit le stock 2024 par tranche d'effectif salarié :
| Tranche | Guadeloupe | Part | Martinique | La Réunion | France |
|---|
Lecture : la structure guadeloupéenne est presque celle de la France entière (75 % d'entreprises sans salarié ici, 76 % au niveau national), là où la Martinique est à 82 % et La Réunion à 74 %. La Guadeloupe compte moins d'entreprises que la Martinique (38 640 contre 48 499) mais davantage d'employeuses : 9 705 unités légales d'au moins un salarié, contre 8 605. L'écart total (−9 859) tient à un seul bloc, les micro-structures classées en services administratifs et de soutien, quinze mille de plus en Martinique.
Deux remarques. ① Le bloc « autres formes juridiques » (3 376, soit 9 %) est ici dans la norme, alors qu'il atteint 40 % en Martinique (19 374) : la Guadeloupe n'a pas l'excédent de sociétés patrimoniales qui gonfle le stock martiniquais. ② Dans les services aux entreprises, le sous-secteur « activités de services administratifs et de soutien » compte 5 487 unités légales, contre 20 938 en Martinique. Compter les entreprises ne dit pas grand-chose de l'activité réelle : c'est l'objet des sections suivantes. Périmètre : sauf mention contraire, « Guadeloupe » désigne dans ce document le département (971) sans Saint-Martin ni Saint-Barthélemy, collectivités distinctes depuis 2007. Deux exceptions signalées à chaque fois : les comptes régionaux de l'INSEE (PIB, valeur ajoutée, emploi total), diffusés « y compris Saint-Martin », et les annonces du BODACC, dont le département 971 inclut les îles du Nord.
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | France | Source |
|---|---|---|---|---|
| Unités légales actives fin 2024 | 38 640 | 48 499 | 5 987 885 | INSEE SIDE, stocks 2024 |
| Évolution du stock 2014-2024 | +83 % | +74 % | — | INSEE SIDE, calcul |
| Part sans salarié | 75 % | 82 % | 76 % | INSEE SIDE A21, 2024 |
| Entreprises d'au moins un salarié | 9 705 | 8 605 | 1 424 962 | INSEE SIDE A21, 2024 |
| Entreprises de 50 salariés et plus | 156 | 188 | 43 857 | INSEE SIDE A21, 2024 |
| Part des « autres formes juridiques » | 9 % | 40 % | — | INSEE SIDE A21, 2024 |
| Entreprises du champ Esane 2023 | 20 820 | 33 790 | — | INSEE Flash n°225 et n°224 |
| Exploitations agricoles 2020 | 7 254 | 2 679 | — | Agreste, recensement agricole 2020 |
| Année | PIB (M€) | PIB / habitant (€) — rupture 2017 |
|---|
Lecture : les mêmes deux décrochages qu'en Martinique, 2009 (crise financière et grève générale) et 2020 (covid), puis un rattrapage porté par l'inflation de 2022-2023. Pour 2025, les comptes rapides du Cerom (périmètre hors Saint-Martin, non comparable à la série ci-dessus) donnent 11,3 Md€ et une croissance en volume de −0,5 %, après +1,7 % en 2024 : selon l'INSEE, « la conjoncture économique se dégrade en Guadeloupe » en 2025.
Le PIB se décompose en valeur ajoutée par grande branche. Le graphique ci-dessous montre une économie de services à 83 %, où la sphère publique et parapublique (administration, enseignement, santé, action sociale) pèse 37 %, autant qu'en Martinique. La différence est dans ce qui reste : l'industrie compte un point de plus qu'en Martinique (10,5 % contre 9,4 %), sucre, rhum, agroalimentaire et énergie, sans raffinerie, et l'agriculture un peu moins (1,8 % contre 2,5 %), malgré près de trois fois plus d'exploitations (7 254 contre 2 679). La Guadeloupe transforme un peu plus, cultive un peu moins en valeur, et vit pour le reste du même équilibre entre services publics et services marchands :
| Branche | VA 2024 (M€) | Part |
|---|
Le chiffre d'affaires additionne les ventes de chaque entreprise, y compris entre elles : un même produit importé, vendu par un grossiste puis par un détaillant, compte deux fois. C'est pourquoi le CA (15,0 Md€) dépasse le PIB (11,9 Md€). La valeur ajoutée, elle, ne compte que ce que l'entreprise apporte. Ratios sectoriels 2023 : taux de marge de 39 % dans l'industrie, 32 % dans la construction, 30 % dans le commerce, 32 % dans les services — l'industrie guadeloupéenne dégage la marge la plus élevée, l'inverse de la Martinique. Ce champ retient les unités légales dont le siège est en Guadeloupe : il inclut donc les 770 filiales de groupes dont le centre de décision est extérieur (4,05 Md€ de chiffre d'affaires), mais exclut les 310 filiales de groupes guadeloupéens implantées hors de l'archipel (3,74 Md€).
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | France | Source |
|---|---|---|---|---|
| PIB 2024 (provisoire) | 11,9 Md€ | 10,5 Md€ | 2 919 Md€ | INSEE comptes régionaux base 2020 (Guadeloupe y c. Saint-Martin) |
| PIB par habitant 2024 | 29 099 € | 29 866 € | 42 579 € | INSEE comptes régionaux |
| Croissance en volume 2015-2024 | +5,7 % | +2 % | — | INSEE comptes régionaux, prix chaînés, calcul |
| Population 2015 → 2025 | −3,7 % | −5,6 % | +3,7 % | INSEE estimations de population, même source pour les trois colonnes (le dossier Martinique publie −7 % sur les comptes régionaux 2015-2024) |
| Part des services dans la valeur ajoutée | 83,4 % | 84 % | 79,3 % | INSEE comptes régionaux 2024 |
| Part de l'administration, enseignement, santé, action sociale | 37,3 % | 37 % | 21,6 % | INSEE comptes régionaux 2024 |
| Part de l'industrie dans la valeur ajoutée | 10,5 % | 9,4 % | 13,7 % | INSEE comptes régionaux 2024 |
| Part de l'agriculture dans la valeur ajoutée | 1,8 % | 2,5 % | 1,5 % | INSEE comptes régionaux 2024 |
| Chiffre d'affaires du champ marchand 2023 | 15,0 Md€ | 16,6 Md€ | — | INSEE Esane 2023, Flash n°225 et n°224 |
| Taux de marge du champ marchand 2023 | 32,3 % | 32,5 % | — | INSEE Esane 2023, Flash n°225 et n°224 |
La Guadeloupe est un archipel, et ses filières se lisent sur la carte : la canne sur la Grande-Terre et à Marie-Galante, avec la dernière sucrerie de la Guadeloupe continentale, à Gardel au Moule, une seconde subsistant à Marie-Galante, et les distilleries ; la banane sur les pentes du sud de la Basse-Terre ; le tourisme sur le littoral sud de la Grande-Terre et dans les dépendances, les Saintes, la Désirade, Marie-Galante ; le bâtiment et la grande distribution partout, concentrés dans l'agglomération pointoise et la zone de Jarry, que l'IEDOM présente comme la troisième zone industrielle de France (330 hectares, 737 établissements industriels en 2020). Leur poids réel dans la valeur ajoutée et l'emploi est plus modeste que leur poids symbolique, mais ce sont elles qui exportent et qui font l'image de l'île. Deux différences avec la Martinique : la Guadeloupe n'a pas de raffinerie, ses exportations pétrolières sont des réexpéditions ; et sa filière canne est d'abord sucrière, là où la Martinique est d'abord rhumière. L'énergie, elle, repose sur des centrales thermiques et sur des ressources locales, bagasse, géothermie de Bouillante, soleil et vent.
Lecture : agriculture et industrie réunies font 12 % de la valeur ajoutée (1,8 % + 10,5 %), mais le sucre, le rhum, la banane et les produits pétroliers réexpédiés forment l'essentiel de ce que la Guadeloupe exporte. À l'inverse, le commerce, le transport et l'hébergement ne pèsent que 18 % de la valeur ajoutée pour 46 % du chiffre d'affaires : c'est le secteur qui brasse le plus d'argent, pas celui qui en crée le plus. Deux chiffres écartés : le « 7,8 % du PIB » du tourisme cité par l'IEDOM vient d'une estimation privée (WTTC), pas de l'INSEE, et le nombre de planteurs de banane n'a pas été trouvé. La pêche, absente du portrait martiniquais, débarque 2 372 t (21,8 M€, 2023) pour une consommation estimée à 11 000 t.
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | Source |
|---|---|---|---|
| Bananes exportées en 2024 | 54 964 t | 133 372 t | DAAF, FranceAgrimer, via IEDOM RA 2024 et 2025 |
| Rhum produit en 2024 | 65 954 HAP | 94 561 HAP | Douane, via IEDOM RA 2024 et 2025 |
| Contingent fiscal de rhum | 54 008 HAP | 68 824 HAP | IEDOM RA 2025 et 2024 |
| Hôtels au 1ᵉʳ janvier 2026 | 52 | 49 | INSEE, via IEDOM RA 2025 |
| Chambres d'hôtel au 1ᵉʳ janvier 2026 | 3 005 | 2 791 | INSEE, via IEDOM RA 2025 |
| Croisiéristes 2025 | 336 272 | — | Port Caraïbes (Guadeloupe) ; IEDOM Martinique (variation seule publiée) |
| Salariés de la construction (Guadeloupe fin 2025 ; Martinique fin 2024) | 6 800 | 6 013 | INSEE Conjoncture n°39 ; IEDOM RA 2024 Martinique |
| Hypermarchés + supermarchés | 4 + 18 | 7 + 42 | IEDOM RA 2025 et 2024 (seuils de surface différents selon l'agence) |
| Agriculture + industrie dans la valeur ajoutée | 12,3 % | 11,9 % | INSEE comptes régionaux 2024 |
| Année | Micro | SAS | SARL | EI hors micro | Autres | Total |
|---|
Lecture : la Guadeloupe n'a pas connu le pic de 2022 puis le reflux martiniquais : la progression est continue depuis 2020 (5 605 → 9 147), portée par les micro-entrepreneurs (× 2,7 entre 2019 et 2025). Le bloc « autres formes » reste dans la norme (547, soit 6 % des créations, contre 26 % en Martinique et 1,6 % en France). Même tendance de fond qu'ailleurs : la SAS a supplanté la SARL comme forme de société dès 2015 (1 956 contre 900 en 2025 ; 153 contre 1 094 en 2012).
| Année | Ouvertures LJ | Ouvertures RJ | LJ + RJ (971 entier) | dont hors îles du Nord | Défaillances IEDOM | Radiations (annonces, 971 entier) |
|---|
Lecture : les deux sources concordent (510 annonces contre 497 défaillances en 2025, 308 contre 345 en 2024) et racontent la même histoire — un creux en 2020-2021, sous perfusion des aides covid et des prêts garantis, puis une remontée continue : +93 % de défaillances entre 2022 et 2025, plus vite qu'en Martinique (+75 %) et qu'en France entière (+66 %). Les secteurs moteurs de 2025 sont, selon la note IEOM du quatrième trimestre, les activités techniques et de services administratifs, la construction et le commerce (95 défaillances, 19 %). Sur douze mois à fin juin 2026, le cumul atteint 543 (+29 %). Deux précautions : les chiffres de défaillances sont révisés à la hausse pendant plusieurs mois, le temps que les jugements tardifs soient enregistrés ; et le comptage BODACC du 971 inclut les îles du Nord (46 ouvertures en 2025), ce qui le rapproche de la statistique de l'IEDOM, dont l'agence couvre aussi Saint-Martin et Saint-Barthélemy.
Avec 9 147 créations pour 497 défaillances, le ratio est de 18 créations pour une défaillance (16 en Martinique, 17 en France). Mais la défaillance n'est pas la seule sortie : la plupart des entreprises ferment sans procédure judiciaire, par simple cessation. Le BODACC recense 1 214 annonces de radiation en 2025 dans le département entier (935 hors îles du Nord), un niveau très inférieur au pic de 1 762 en 2019, et en repli continu depuis 2022 — sans la vague de radiations d'office qu'a connue la Martinique en 2021. Le taux de survie de 64,5 % porte sur la cohorte 2014 et exclut les micro-entrepreneurs : il ne dit rien des créations récentes, dominées par ce statut. Le stock progresse néanmoins nettement : +2 343 unités légales en 2024, +2 393 en 2023.
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | France | Source |
|---|---|---|---|---|
| Créations d'entreprises 2025 | 9 147 | 8 104 | 1 165 795 | INSEE, créations par catégorie juridique |
| Part des micro-entrepreneurs | 55 % | 41 % | 65 % | INSEE, 2025 |
| Créations 2012 → 2025 | +82 % | +65 % | +105 % | INSEE, calcul |
| Défaillances 2025 | 497 | 518 | 68 564 | IEDOM RA 2025 (FIBEN) ; Banque de France |
| Défaillances 2022 → 2025 | +93 % | +75 % | +66 % | IEDOM, Banque de France, calcul |
| Annonces BODACC LJ + RJ 2025 | 510 | 516 | — | BODACC, département entier (971 îles du Nord incluses) |
| Créations pour une défaillance | 18 | 16 | 17 | Calcul |
| Survie à cinq ans, cohorte 2014 | 64,5 % | 72,8 % | 62,5 % | INSEE Sine, figure 2 de l'Insee Analyses Martinique n°57 |
| Secteur | Salariés | Part |
|---|
Lecture : 45 % des salariés (57 572 postes sur 127 418) travaillent dans les 364 établissements de 50 salariés et plus, et un sur sept dans les 15 établissements de 500 salariés et plus (17 316) — hôpitaux, collectivités, rectorat, grands groupes. Les gros employeurs sont d'abord publics : 198 établissements de 50 salariés et plus de l'administration, de l'enseignement, de la santé et du social portent 39 980 postes, soit 69 % de tous les postes des grands établissements. À l'autre bout, les 7 831 établissements de 1 à 4 salariés emploient 15 263 personnes, soit 12 %. Le tissu est donc bipolaire, comme en Martinique. Selon l'INSEE, 31,6 % des postes salariés relèvent d'employeurs de la fonction publique (40 238 fin 2024) ; l'emploi privé représente plus des deux tiers du salariat (87 180 postes) et recule en 2025 (−0,7 %), comme le public (−0,5 %).
La question posée par un lecteur du portrait martiniquais vaut pour la Guadeloupe : au-delà des fonctionnaires, quelle part des emplois répond à des missions de service public ou vit de fonds publics ? La statistique publique compte des employeurs et des secteurs, pas des sources de financement. On peut néanmoins emboîter trois périmètres, du plus strict au plus large, avec la même méthode que pour la Martinique.
| Périmètre (fin 2024) | Guadeloupe | Martinique | France | Ce qu'il contient |
|---|---|---|---|---|
| Employeurs de la fonction publique | 31,6 % | 32 % | 22 % | 40 238 postes salariés chez l'État, les collectivités et les hôpitaux publics, enseignants du privé sous contrat compris (payés par l'État) |
| Administration, enseignement, santé, action sociale, tous employeurs | 42,4 % | 42 % | 32 % | 53 988 postes : environ 39 300 chez des employeurs publics et environ 14 700 salariés du privé (cliniques, aide à domicile, crèches, associations médico-sociales), dont 6 689 dans l'économie sociale et solidaire |
| Emplois financés par la sphère publique, quel que soit le statut (estimation) | 47 à 49 % | 43 à 49 % | non calculé | les précédents, plus les 3 231 professionnels de santé libéraux conventionnés (environ 524 M€ d'honoraires, assurance maladie), les 1 174 salariés des pharmacies, les associations subventionnées hors santé-social et une part du BTP vivant de la commande publique |
Lecture : sources Insee Flores 2024 (sphère économique et section OQ, Guadeloupe, Martinique et France), Urssaf (salariés du privé et de l'ESS par secteur, 2024), Cnam (professionnels de santé libéraux conventionnés, 2024), Dares (contrats aidés). Le troisième périmètre est une estimation, rapportée aux postes salariés et aux libéraux (130 649) ; elle repose sur deux hypothèses explicites, la part des associations hors santé-social qui dépend de subventions (50 à 100 % de 2 528 salariés) et la part du BTP qui dépend des marchés publics (30 à 50 % de 7 123 postes, non mesurée : l'IEDOM constate une commande publique « en baisse depuis 2022 » sans en publier le montant). Rapportée à l'emploi total des comptes régionaux, qui inclut les non-salariés et Saint-Martin, la fourchette descend à 42-44 %. Rien n'est additionné deux fois : l'ESS de la santé et du social (11 111 salariés dans l'ESS au total, 12,9 % du privé) et les 2 200 contrats aidés de fin 2024 (17 pour 1 000 emplois salariés, contre 27 en Martinique) sont déjà dans les deux premiers périmètres. Ce qui reste hors de portée : la part de financement public de chaque emploi privé, les salariés des particuliers employeurs, et le nombre d'enseignants du privé sous contrat, que les sources guadeloupéennes ne distinguent pas du hors contrat. Retenir : un salarié sur trois est public par statut, un peu plus de deux sur cinq travaillent dans le non-marchand, et près d'un emploi sur deux vit, directement ou non, de fonds publics — les mêmes ordres de grandeur qu'en Martinique, contre environ un sur cinq et un sur trois en France pour les deux premiers périmètres.
| Année | Administrativement actifs | Économiquement actifs | Part active |
|---|
Lecture : le nombre d'auto-entrepreneurs a été multiplié par cinq en cinq ans (2 927 → 15 512), davantage qu'en Martinique (× 4), mais seuls 61 % d'entre eux ont déclaré un chiffre d'affaires en 2024. Ils s'ajoutent à 15 323 travailleurs indépendants classiques (la chute de 17 902 à 14 801 entre 2019 et 2020 est un changement de champ de l'Urssaf, pas une disparition). Côté employeurs privés, l'URSSAF compte 11 935 établissements fin 2025 (11 894 un an plus tôt) pour 86 371 salariés ; 84 % de ces établissements ont moins de 10 salariés.
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | France | Source |
|---|---|---|---|---|
| Emploi total 2024 (comptes régionaux) | 150 800 | 151 500 | 30 623 300 | INSEE comptes régionaux (Guadeloupe y c. Saint-Martin) |
| Postes salariés fin 2024 (Flores) | 127 418 | 130 580 | 26 604 745 | INSEE Flores 2024 |
| Part de l'administration, enseignement, santé, action sociale | 42,4 % | 42,4 % | 32,3 % | INSEE Flores A17, 2024 |
| Part des employeurs de la fonction publique | 31,6 % | 32,2 % | 22,4 % | INSEE Flores, sphère économique, 2024 |
| Part des postes dans les établissements de 50 salariés et plus | 45 % | 48 % | — | INSEE Flores, tranches de taille, 2024 |
| Agents publics pour 1 000 habitants (Guadeloupe 2023 ; Martinique 2022, autre méthode) | ≈ 100 | 108 | 74 à 81 | INSEE Siasp TCRD_052 et estimations de population (Guadeloupe, France) ; CDG Martinique, tel que publié |
| Salaire net mensuel moyen ETP du privé, 2023 | 2 361 € | 2 386 € | — | INSEE, base Tous salariés |
| Auto-entrepreneurs fin 2024 | 15 512 | 10 865 | — | Urssaf, travailleurs indépendants par département |
| Part des auto-entrepreneurs déclarant un chiffre d'affaires | 61 % | 64 % | — | Urssaf, travailleurs indépendants par département |
| Part de l'ESS dans l'emploi privé | 12,9 % | 14,8 % | 11,1 % | Urssaf, ESS 2024 |
| Année | Taux (%) |
|---|
Lecture : le taux a perdu sept points et demi en onze ans, avec un rebond en 2022-2023 puis un léger reflux. Il reste le plus élevé des Antilles (Martinique 13,4 %) et proche de la Guyane (16,8 %) et de La Réunion (16,2 %) en moyenne 2025. La démographie explique moins qu'en Martinique : la Guadeloupe perd moins d'habitants (−3,7 % contre −5,6 % en dix ans sur la même source) et reste plus jeune (26,5 % de moins de 25 ans au 1ᵉʳ janvier 2025 contre 24,6 % ; 24,2 % de 65 ans et plus contre 25,8 %), mais elle vieillit vite (16,4 % de 65 ans et plus en 2015) et ses jeunes partent : en 2021, environ 1 600 départs de 18-24 ans pour 800 arrivées. Ce que le taux ne montre pas : un taux d'emploi des 15-64 ans de 54 % (69 % dans l'Hexagone), un « halo » autour du chômage de 9 % des 15-64 ans (deux fois l'Hexagone) et 21 % de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (12 % au niveau national), selon l'enquête emploi 2024 citée par l'IEDOM. Deux mesures coexistent : le taux localisé ci-dessus (16,4 %) et l'enquête emploi annuelle (16,6 %, arrondi à 17 % par l'Insee Conjoncture) ; chaque chiffre porte sa source.
| Indicateur | Guadeloupe | Martinique | France | Source |
|---|---|---|---|---|
| Taux de chômage 2025, moyenne annuelle (France : Hexagone) | 16,4 % | 13,4 % | 7,4 % | INSEE, taux de chômage localisé, calcul des moyennes |
| Taux de chômage 2014 (France : Hexagone) | 23,9 % | 19,5 % | 9,9 % | INSEE, taux de chômage localisé |
| Chômage des jeunes actifs (moins de 30 ans en Guadeloupe ; 15-29 ans en Martinique) | 28 % | 33 % | — | INSEE enquête emploi 2025, via IEDOM (périmètres différents) |
| Population sous le seuil de pauvreté national (2017) | 34 % | 33 % | 14 % | INSEE Première n°1804 |
| Niveau de vie médian mensuel (2017) | 1 310 € | 1 360 € | — | INSEE Première n°1804 |
| Habitants 2015 → 2025 | −3,7 % | −5,6 % | +3,7 % | INSEE estimations de population (le dossier Martinique publie −7 % sur les comptes régionaux 2015-2024) |
| 65 ans et plus au 1ᵉʳ janvier 2025 | 24,2 % | 25,8 % | 21,9 % | INSEE estimations de population |
| Moins de 25 ans au 1ᵉʳ janvier 2025 | 26,5 % | 24,6 % | 28,5 % | INSEE estimations de population |
Lecture : la Guadeloupe importe près de douze fois plus qu'elle n'exporte, contre huit fois en Martinique. Ses exportations de poids — produits pétroliers réexpédiés (30 %), denrées alimentaires et boissons dont le sucre et le rhum (19 %), produits agricoles dont la banane (15 %) — partent essentiellement vers l'Hexagone et les DROM voisins : la banane et le rhum n'apparaissent presque pas dans les échanges avec l'étranger. Précaution de lecture : le texte de l'Insee Conjoncture écrit « 28 % » pour la part de l'Hexagone dans les exportations, mais sa propre figure donne 159 M€ sur 330, soit 48 %, cohérent avec les 43 % de l'IEDOM sur un millésime antérieur ; ce document retient la donnée. Ce déficit structurel est financé par les transferts publics et les revenus des ménages, pas par les ventes de l'économie locale : l'IEDOM note que la consommation finale représente 107 % du PIB (79 % en France). Sur la fiscalité qui frappe ces importations à l'entrée, voir le premier document de cette collection, L'octroi de mer décodé.
| Indicateur (2025) | Guadeloupe | Martinique | Source |
|---|---|---|---|
| Importations de biens | 3 901 M€ | 3 440 M€ | INSEE Conjoncture n°39 (Guadeloupe et Martinique), douane |
| Exportations de biens | 330 M€ | 420 M€ | idem |
| Taux de couverture | 8,5 % | 12,2 % | calcul |
| Solde commercial | −3 571 M€ | −3 020 M€ | INSEE Conjoncture n°39 |
| Part de l'Hexagone dans les importations | 60 % | 61 % | INSEE Conjoncture n°39 |
| Part de l'Hexagone dans les exportations | 48 % | 40 % | INSEE Conjoncture n°39 (figure, non le texte) |
| Importations depuis l'étranger seul (hors Hexagone et DROM) | 1 386 M€ | 1 236 M€ | DGDDI, base régionale 2025, millésime 202607 |
| Exportations vers l'étranger seul | 49 M€ | 81 M€ | DGDDI, base régionale 2025, millésime 202607 |
| Premier fournisseur étranger | États-Unis, 32 % | États-Unis, puis Norvège | DGDDI, base régionale 2025 ; Martinique : carburants raffinés puis pétrole brut |
| L'idée reçue | Ce que montrent les chiffres vérifiés |
|---|---|
| « En Guadeloupe, tout le monde est fonctionnaire » | 40 238 postes chez des employeurs publics, soit 31,6 % des salariés — davantage qu'ailleurs (environ 100 agents pour 1 000 habitants contre 81), mais plus des deux tiers du salariat restent privés (section 05) |
| « Rien ne se crée ici » | 9 147 créations d'entreprises en 2025, un record, +83 % d'unités légales en dix ans ; la question n'est pas le nombre mais la taille : 75 % n'ont aucun salarié (sections 01, 04) |
| « Tout le monde crée sa boîte, et elle ferme dans l'année » | 18 créations pour une défaillance, et 64,5 % de survie à cinq ans, au-dessus de la moyenne nationale — mais mesuré sur une cohorte de 2014 hors micro-entrepreneurs ; pour les micro, 39 % ne déclarent aucun chiffre d'affaires (sections 04, 05) |
| « La Guadeloupe vit de la canne et de la banane » | Agriculture 1,8 % et industrie 10,5 % de la valeur ajoutée. Sucre, rhum et banane font le visage des exportations, pas le volume de l'économie, qui est à 83 % dans les services (sections 02, 03) |
| « Le tourisme, c'est 8 % du PIB » | Le « 7,8 % du PIB » vient d'une estimation privée reprise par l'IEDOM, pas de l'INSEE. Ce que la statistique publique mesure : 6 100 salariés dans l'hébergement-restauration, 4,8 % de l'emploi salarié, et 767 M€ de dépenses des visiteurs (section 03) |
| « Le chômage baisse, donc ça va mieux » | De 23,9 à 16,4 % en onze ans, pendant que la population perdait 3,7 % de ses habitants et que les jeunes partaient : une part de la baisse est démographique ; le taux d'emploi reste à 54 % et le taux remonte à 17,0 % fin 2025 (section 06) |
| « On importe tout de Chine et des États-Unis » | 60 % des importations viennent de l'Hexagone ; les États-Unis (11,5 %) comptent surtout pour les carburants, la Chine pèse 3,8 % (section 07) |
| « L'eau manque en Guadeloupe » | La ressource est de 7 000 m³ par habitant et par an, plus de deux fois l'Hexagone, et la production dépasse trois fois les besoins ; mais 53 % de l'eau produite est perdue dans le réseau (2023) et les tours d'eau touchent les ressources de plus de la moitié de la population (section 08) |
| « La Guadeloupe est bien plus pauvre que la Martinique » | Taux de pauvreté 34 % contre 33 %, niveau de vie médian 1 310 € contre 1 360 €, salaire privé 2 361 € contre 2 386 € : l'écart est ailleurs — trois points de chômage en plus, mais une population plus jeune et qui baisse plus lentement (sections 05, 06) |
Ce portrait ne tranche pas entre déclin et dynamisme, mais les données de la Guadeloupe racontent un mouvement plus net que celles de la Martinique. Sur dix ans, l'économie a mieux tenu : plus de croissance en volume, une population qui recule plus lentement (−3,7 % entre 2015 et 2025, contre −5,6 % en Martinique sur la même source), des entreprises plus souvent employeuses, des créations sans à-coup. Sur les deux dernières années, elle se retourne : recul du PIB en volume en 2025 selon les comptes rapides, défaillances presque doublées depuis 2022, sucre au plus bas depuis vingt ans, nuitées hôtelières en baisse. Ce que le portrait établit, c'est la structure qui traverse ces cycles, une économie de services financée par la sphère publique et les transferts, exportant peu, où l'initiative individuelle abonde et où l'emploi privé reste fragile, et ce qui la distingue de sa voisine : un tissu d'entreprises proche de la norme nationale, un chômage plus élevé de trois points, et un service essentiel, l'eau, dont la défaillance pèse sur toute l'économie. Chaque politique économique locale part de là.
Ce document a été réalisé le 19 septembre 2026, avec un assistant d'intelligence artificielle pour la recherche des sources, la rédaction et les graphiques, sous la direction éditoriale de son auteur, qui a vérifié les chiffres à la source, relu et corrigé le texte, en assume la responsabilité et a fixé la ligne : neutralité, objectivité, pédagogie. Il reprend, section par section, le moule du portrait martiniquais de la même collection, De quoi vit la Martinique ?, dont les chiffres sont repris tels que publiés dans les tableaux « En regard ». Ce n'est pas un document officiel : il n'émane ni de l'INSEE, ni de l'IEDOM, ni d'aucune administration. Les jugements qui y figurent sont attribués à leurs auteurs ; les calculs originaux (parts, ratios, évolutions) sont signalés et reproductibles à partir des sources citées.
Mondésir, Jean-Christophe. De quoi vit la Guadeloupe ?. Décryptaj', collection Analyse indépendante, édition 2026-09. https://decryptaj.com/tissu-guadeloupe/
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